À Englishtown, petite communauté de pêcheurs de la côte est de l'île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse, une pierre tombale rappelle aujourd'hui le souvenir d'Angus MacAskill, l'un des hommes les plus grands jamais recensés. Enterré dans le cimetière Auld de la localité, il avait fini par tomber dans l'oubli, jusqu'à ce que les autorités provinciales fassentériger un nouveau marqueur et que sa mémoire soit ravivée auprès des habitants.
Né en 1825 à Berneray, dans les Hébrides extérieures écossaises, Angus MacAskill émigre encore enfant avec sa famille en Nouvelle-Écosse. La famille s'installe à Englishtown, où il grandit et mène l'essentiel de sa vie. Sa stature, d'environ 2,36 mètres, soit 7 pieds et 9 pouces, le distingue très tôt. En 1981, le Livre Guinness des records le consacre comme le plus grand géant non pathologique jamais recensé, c'est-à-dire sans lien avec une affection médicale particulière.
Cette taille exceptionnelle attire l'attention de P. T. Barnum, l'impresario américain des spectacles itinérants. Recruté pour ses tournées, MacAskill se produit sous le nom de « The Tallest and the Smallest », aux côtés du général Tom Thumb, un artiste de très petite taille. Selon les récits rapportés, le général Tom Thumb dansait sur la paume tendue du géant. Les tournées les mènent en Amérique du Nord, en Europe et dans les Caraïbes.
Au fil de ces déplacements, MacAskill aurait aussi fait étalage de sa force devant la reine Victoria, au château de Windsor. Ces démonstrations, qui ont contribué à sa renommée, s'inscrivaient dans un univers de spectacle où la curiosité pour les corps hors norme était très vive au XIXe siècle.
De retour dans sa région natale, il investit dans l'immobilier et ouvre un magasin général à Englishtown. Il s'impose ainsi comme une figure de la vie économique locale, loin des estrades des cirques et des salles de spectacle. Cette reconversion marque la fin de sa carrière itinérante.
En 1863, il tombe gravement malade lors d'un déplacement professionnel à Halifax. Il regagne le Cap-Breton, mais meurt peu après son retour, à l'âge de 38 ans. Il est inhumé dans le cimetière Auld d'Englishtown.
Pendant des décennies, sa sépulture est négligée et tombe dans l'oubli. Le renouveau d'intérêt pour son histoire a finalement conduit le gouvernement de la Nouvelle-Écosse à ériger un nouveau marqueur sur sa tombe. Cette initiative a permis de faire revivre la mémoire de cet homme dont le parcours, entre la pêche, le commerce et les tournées internationales, reste l'un des récits les plus singuliers de l'histoire du Cap-Breton.