Un tensiomètre grand public peut-il transmettre ses mesures sans passer par un compte en ligne ni un abonnement ? Tomasz Burzy a voulu le vérifier à sa façon. Il a entrepris de modifier un appareil de mesure basique afin qu'il envoie ses données par Wi-Fi, en gardant la maîtrise de ses constantes vitales. Le constat de départ est simple : aujourd'hui, de nombreux appareils de santé sont connectés, mais ils imposent souvent de créer un compte auprès du fabricant, voire de souscrire un abonnement pour accéder à ses propres mesures.
Sa première piste consistait à se brancher directement sur la carte électronique de l'appareil à l'aide d'un analyseur logique. Il a rapidement trouvé un point de test permettant de récupérer la valeur brute du capteur de pression. Après quelques traitements, il a même obtenu un code capable d'estimer sa tension artérielle à partir de ce signal. Le résultat ne correspondait toutefois pas à celui affiché sur l'écran. En cherchant l'origine de l'écart, il a constaté que ces appareils appliquent un traitement propriétaire, une sorte de recette interne, pour passer des données brutes au chiffre final. Sans connaître cette étape, impossible de reproduire fidèlement la mesure à partir du seul capteur.
Il a alors tenté d'intercepter le résultat final juste avant qu'il ne parvienne à l'afficheur. Cette voie s'est aussi révélée impossible : l'appareil intègre un seul circuit intégré qui gère presque toutes les fonctions, dont le pilotage de l'écran. Une intégration poussée, probablement destinée à réduire les coûts de fabrication, qui a fermé la voie de l'analyseur logique. Plutôt que de chercher à pénétrer le circuit, Tomasz Burzy a choisi une solution plus directe, qu'il qualifie lui-même d'option nucléaire : lire l'écran de l'extérieur.
Une caméra fixée au sommet de l'appareil filme donc l'écran LCD, et l'image est traitée par un module ESP32-CAM, un microcontrôleur modeste et peu coûteux. Le principe repose sur une connaissance précise de la géométrie de l'écran : chaque segment occupe une position connue dans l'image. Il suffit donc de vérifier, pour chaque position, si le segment correspondant est allumé ou éteint, puis de reconstituer les chiffres affichés. Cette simplification rend la tâche accessible à un composant aussi limité, sans recourir à un ordinateur ni à des logiciels de vision artificielle complexes. Les données peuvent ainsi être envoyées par Wi-Fi sans passer par le service du fabricant.
Au-delà de la prouesse technique, l'expérience met en lumière la difficulté d'accéder à ses propres données de santé lorsque le constructeur n'a rien prévu pour cela. L'auteur de la démarche a dû contourner plusieurs obstacles successifs, du point de test sur la carte jusqu'au circuit intégré unique, ce qui illustre les limites de nombreux appareils connectés conçus sans ouverture vers l'utilisateur. Le projet reste néanmoins un exemple de rétro-ingénierie méthodique : chaque tentative a fourni une information qui a orienté la suivante, jusqu'à une solution qui ne demande aucune modification interne du matériel. Il pourra inspirer d'autres bricoleurs confrontés à des équipements fermés, tout en rappelant que la réparation et l'accès aux données restent, pour l'instant, des démarches réservées à ceux qui acceptent de passer du temps sur la conception de l'appareil.