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Bottega Veneta fait asseoir les stars sur des cartons d'emballage

Lors du défilé Bottega Veneta à Milan, les invités ont pris place sur des sièges sculptés dans des cartons d'expédition, une création de l'artiste Illya Goldman Gubin qui interroge le luxe et la matière.

Chez Bottega Veneta, même les sièges racontent une histoire. Pour son défilé milanais, la maison italienne n'a pas installé ses invités sur les traditionnels bancs capitonnés, mais sur des cartons d'emballage froissés, transformés en assises design par l'artiste Illya Goldman Gubin. Un choix qui n'a rien d'un détail logistique : il s'inscrit dans la réflexion de la maison sur la matière, la transformation et la valeur des objets ordinaires.

L'artiste a métamorphosé de simples boîtes d'expédition en sièges aux lignes épurées, jouant sur les plis, les aspérités et la texture brute du carton. Le résultat, à mi-chemin entre le mobilier et la sculpture, a offert un contraste saisissant avec les tenues et les invités du premier rang. L'ordinaire devient précieux, le rebut devient objet de convoitise : une inversion des codes qui parle autant de design que de l'air du temps.

Car le carton n'est pas neutre. Matériau du transport, de l'emballage, de la livraison, il est le symbole d'une économie mondialisée où tout circule, où tout arrive emballé. En le portant sur un podium de mode, Bottega Veneta déplace le regard : ce qui protège la marchandise devient lui-même marchandise, et le geste artistique interroge la frontière entre l'utilitaire et le luxe. La maison, connue pour son travail sur les matières et les textures, poursuit ainsi une réflexion entamée depuis plusieurs saisons sur la simplicité apparente et la sophistication invisible.

Le défilé a par ailleurs été marqué par la présence de Kendall Jenner, qui a clôturé le show. Cette apparition a été saluée comme l'un des moments forts de la semaine de la mode milanaise, confirmant l'attention portée à la mise en scène autant qu'aux vêtements. Dans un calendrier saturé de présentations, la scénographie devient un langage à part entière : elle installe une ambiance, raconte une intention, et parfois, comme ici, transforme un accessoire logistique en pièce de design.

Ce choix résonne aussi avec une tendance de fond dans le mobilier contemporain, où les matériaux modestes — carton, papier, bois brut, textile recyclé — sont réhabilités par les créateurs. Le carton, longtemps relégué au rang d'emballage jetable, intéresse désormais designers et artistes pour sa légèreté, sa résistance et sa capacité à se plier à toutes les formes. En l'installant sous les invités d'un défilé de luxe, Bottega Veneta ne se contente pas de surprendre : la maison rappelle que le design peut naître partout, y compris dans ce que l'on s'apprête à jeter.

Reste une question, volontairement laissée ouverte : ces sièges de carton étaient-ils destinés à être conservés, ou à disparaître avec le décor ? Dans une industrie qui produit chaque saison des décors éphémères, la réponse importe. Elle dit quelque chose de la manière dont la mode envisage aujourd'hui son empreinte matérielle, entre spectacle, art et responsabilité. À Milan, l'assise la plus commentée n'était peut-être pas la plus confortable, mais elle était assurément la plus bavarde.

Same event, other desks

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