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Des chercheurs de Sheffield reproduisent l’effet changeant de couleur de la coupe de Lycurgue

Une équipe de l’université de Sheffield a recréé le verre dichroïque de la coupe de Lycurgue, en intégrant des nanoparticules d’or et d’argent dans une œuvre moderne.

Des chercheurs de l’université de Sheffield ont reproduit l’effet de changement de couleur de la coupe de Lycurgue, un objet en verre de l’Antiquité tardive dont la teinte varie selon l’éclairage. Leur réalisation ne se limite pas à la reproduction du matériau : elle s’incarne dans une œuvre d’art contemporaine, une statue d’Atlas modifiée pour intégrer ce verre.

Datée des IIIe ou IVe siècle de notre ère, la coupe est conservée au British Museum. Elle apparaît verte lorsqu’on l’observe à la lumière frontale et rouge lorsque la lumière la traverse de l’arrière. Le verre dichroïque qui la compose renforce la scène qu’elle représente, la mort du roi Lycurgue, figure de la mythologie grecque. Selon la source, l’objet a sans doute survécu parce qu’il a fini dans les trésors d’églises après la chute de l’Empire romain d’Occident, ce qui explique en partie son excellent état de conservation et la finesse de ses détails.

Pendant longtemps, l’origine de cet effet est restée un mystère. L’analyse d’un fragment de verre a finalement révélé la présence de nanoparticules d’or et d’argent, dont la combinaison produit le changement de teinte selon la source de lumière. Depuis cette découverte, plusieurs chercheurs ont tenté de reproduire ce verre. Lars Kool et ses collègues, par exemple, ont utilisé l’impression 3D par dépôt de filament fondu pour créer des objets incorporant les mêmes nanoparticules, lesquelles produisent également cet effet dichroïque.

Le travail de l’université de Sheffield se distingue par le fait qu’il ne se contente pas de produire l’effet dans le verre : il l’utilise pour réaliser une pièce artistique, une statue d’Atlas modifiée. Le résultat visuel se rapproche nettement de celui de l’objet antique. Ce rapprochement n’a rien de surprenant, soulignent les auteurs de la démarche : aujourd’hui, il est possible d’observer et de mesurer les nanoparticules présentes dans le verre, puis d’en ajouter des quantités précises à du verre pur. Une telle maîtrise était impensable il y a plus de seize siècles, lorsque les artisans romains travaillaient sans connaître la nature exacte de leurs matériaux.

Au-delà de la prouesse technique, l’expérience illustre la manière dont la science moderne permet de percer les secrets des savoir-faire anciens. Elle transforme une énigme de la verrerie romaine en recette reproductible, qui peut désormais nourrir la création contemporaine et ouvrir de nouvelles pistes pour les artistes comme pour les restaurateurs d’objets anciens.