Un Commodore 128, ordinateur personnel lancé au milieu des années 1980, peut désormais suivre en temps réel les mouvements de navires en mer. Le projet AIS4CBM, développé par une équipe de passionnés, exploite les signaux du Système d'identification automatique (AIS), un outil de radiocommunication maritime qui permet aux bâtiments de s'identifier mutuellement et de transmettre leurs positions ainsi que d'autres données de télémétrie.
Le fonctionnement repose sur une architecture en deux temps. Un code assembleur, écrit spécifiquement pour la machine, reçoit les données via une liaison série, décode les rapports AIS et gère l'ensemble des informations relatives aux navires. La partie visible, elle, est codée en BASIC 8, un langage qui offre des routines graphiques utiles pour tracer les trajectoires des bateaux sur une carte. Une interface texte en BASIC 7 est également disponible pour ceux qui préfèrent consulter les données brutes sans passer par l'affichage cartographique.
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le projet ne tourne pas sur un Commodore 128 d'origine. AIS4CBM exige une extension de mémoire REU de 512 Kio ainsi que 64 Kio de mémoire VDC. Il faut également une interface série compatible SwiftLink pour acheminer les données depuis un récepteur AIS ou une autre source vers l'ordinateur. Le site du projet précise qu'une unité Ultimate-II+ constitue une solution pratique pour satisfaire la plupart de ces exigences avec un seul équipement.
L'AIS, rappelons-le, est un système de communication radio utilisé dans le domaine maritime pour permettre aux navires de s'identifier entre eux et de partager leurs mouvements. De nombreux traceurs AIS sont accessibles en ligne, mais l'idée de construire son propre récepteur et d'afficher les données sur une machine vieille de plus de quarante ans relève d'une démarche de passionné. Le projet s'inscrit dans une tendance plus large de détournement d'anciens ordinateurs à des fins de visualisation de données modernes, à l'image d'une console NES configurée pour suivre des avions via des signaux ADS-B.
Les concepteurs eux-mêmes reconnaissent les limites de leur création. Ils ne recommandent pas l'usage d'un Commodore 128 à un capitaine de port ou à quiconque commande des navires en mer. L'outil reste un projet ludique, une démonstration technique qui montre comment du matériel informatique obsolète peut encore remplir une fonction contemporaine. Une diffusion en direct permet de voir la machine à l'œuvre, traçant les positions des navires sur son écran.
Pour les amateurs de rétro-informatique, l'intérêt du projet réside autant dans la prouesse technique que dans la démarche. Écrire un décodeur AIS en assembleur pour un processeur 8 bits, gérer les flux de données série et produire un affichage graphique cohérent sur une machine aux ressources limitées suppose une connaissance fine du matériel. Le Commodore 128, avec ses modes graphiques et sa compatibilité avec les extensions, se prête à ce type d'expérimentation. Le projet AIS4CBM rappelle que la frontière entre l'obsolescence et l'ingéniosité est souvent plus poreuse qu'on ne l'imagine.