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La cuisine repense l'open space

Lors d'une rencontre organisée par bulthaup, Livia Peraldo et Giuliano dell'Uva ont exploré les nouvelles formes de la cuisine, entre îlots sculpturaux, espaces de travail dissimulés et solutions sur mesure.

La cuisine n'est plus seulement cette pièce ouverte sur le salon que l'on avait fini par considérer comme une évidence. Lors d'une rencontre organisée par bulthaup, Livia Peraldo et Giuliano dell'Uva ont exploré une nouvelle complexité de l'espace domestique, où l'îlot sculptural côtoie des zones opérationnelles discrètes et des aménagements entièrement sur mesure.

Le débat, intitulé « La cucina oltre l'open space », interroge précisément ce basculement. L'open space, qui a dominé les intérieurs contemporains pendant des années, semble aujourd'hui appeler une révision. Non pas pour revenir à la cuisine fermée d'autrefois, mais pour inventer des dispositifs plus nuancés, capables de concilier convivialité et retrait, représentation et fonctionnalité.

Au cœur de cette réflexion, l'îlot central change de statut. Il ne s'agit plus uniquement d'un plan de travail généreux ou d'un simple point de rassemblement. Les intervenants évoquent des îlots sculpturaux, véritables objets architecturaux qui structurent la pièce et lui donnent son caractère. La cuisine devient alors un lieu que l'on regarde autant que l'on utilise, un espace où la matière et la forme participent pleinement à l'atmosphère de la maison.

Mais cette dimension esthétique s'accompagne d'une exigence pratique tout aussi forte. La rencontre met en avant l'idée d'espaces opérationnels cachés, ces zones de travail que l'on peut dissimuler pour retrouver une pièce nette et apaisée. Rangement, préparation, équipements : tout ce qui fait la cuisine au quotidien peut s'effacer derrière des solutions pensées pour ne pas envahir le regard. Une manière de retrouver la tranquillité sans renoncer à l'efficacité.

Les solutions sur mesure apparaissent comme le fil conducteur de cette évolution. Face à des modes de vie de plus en plus variés, la cuisine standardisée montre ses limites. L'aménagement doit s'adapter à la configuration des lieux, aux habitudes de ceux qui y vivent et aux usages que l'on souhaite y voir cohabiter. La personnalisation devient ainsi un moyen de concilier des attentes parfois contradictoires : recevoir, cuisiner, travailler, se retrouver, tout en préservant une certaine idée du calme domestique.

Cette conversation s'inscrit dans un contexte plus large de réévaluation des intérieurs contemporains. Après des années d'ouverture maximale, les architectes et designers redécouvrent l'intérêt des seuils, des transitions et des espaces modulables. La cuisine, lieu de tous les paradoxes, se trouve au centre de cette mutation. Elle doit être à la fois visible et discrète, généreuse et ordonnée, ouverte sur la vie de la maison et capable de se retirer quand l'attention se déplace ailleurs.

La rencontre promue par bulthaup ne propose pas de réponse unique, mais elle dessine une direction claire : celle d'une cuisine plus complexe, plus subtile, qui refuse de choisir entre l'esthétique et la fonction. En dépassant l'open space sans le renier, elle ouvre la voie à des intérieurs où chaque espace trouve sa juste place, au service d'une manière d'habiter plus attentive et plus libre.