La réalisatrice italienne Alina Marazzi, connue pour son regard intime et puissant sur les femmes, signe le film d'ouverture de la section Orizzonti de la Mostra de Venise. Son nouveau long-métrage, « La ragazza con la Leica », est consacré à la première femme photoreporter de guerre morte sur le terrain. Une figure d'indépendance et de passion que la cinéaste observe avec la sensibilité qui a fait sa signature depuis « Un'ora sola ti vorrei ».
Le récit s'attache à une femme qui a choisi de vivre pleinement, jusqu'au bout, au plus près des conflits. Alina Marazzi confie que cette histoire résonne avec une question qui traverse toute son œuvre : la relation à l'autre et la difficulté de préserver son propre chemin. « Parfois, devenir une seule chose avec l'autre nous piège », explique-t-elle, évoquant la tension entre l'engagement total et la perte de soi qui peut en découler.
La Mostra de Venise, qui se tient chaque année sur le Lido, a fait de la section Orizzonti un espace dédié aux nouvelles tendances du cinéma international et aux œuvres qui témoignent d'un regard singulier. Le choix de ce film en ouverture confirme la place grandissante des récits portés par des femmes, tant derrière que devant la caméra, dans le paysage des festivals européens.
Alina Marazzi s'est imposée depuis plus de deux décennies comme une voix singulière du documentaire et de la fiction italienne. Son travail explore les mémoires familiales, les corps féminins et les attentes sociales, avec une approche souvent qualifiée de profondément personnelle. « Un'ora sola ti vorrei », sorti en 2002, avait déjà marqué les esprits par sa manière de mêler archives familiales et introspection.
Avec « La ragazza con la Leica », la cinéaste poursuit cette exploration en s'emparant d'un destin historique. La photoreporter dont il est question a marqué son époque par son courage et son refus des conventions, jusqu'à payer de sa vie son engagement. Le film interroge ainsi la place des femmes dans l'histoire du photojournalisme, longtemps dominée par les figures masculines.
La sélection officielle de la Mostra de Venise constitue une étape importante pour ce projet, qui devrait attirer l'attention des distributeurs internationaux. Le festival, dirigé cette année encore par une équipe soucieuse de mêler exigence artistique et découvertes, offre à ce film une vitrine de premier plan.
Pour Alina Marazzi, cette ouverture représente aussi une reconnaissance de son parcours singulier. Son cinéma, souvent décrit comme sensible et moderne, trouve ici un prolongement naturel : raconter une femme qui a refusé de choisir entre sa vie personnelle et son métier, entre l'amour et la liberté. Une question que la réalisatrice n'a cessé de creuser, et qu'elle confronte aujourd'hui à l'histoire du XXe siècle.