La Toscane ne se résume pas à ses collines, à ses villages médiévaux et à ses chefs-d'œuvre de la Renaissance. Une autre histoire architecturale, moins connue, s'y est écrite au XXe siècle, autour de Giovanni Michelucci et de ses élèves. De l'église de l'autoroute, près de Florence, au marché aux fleurs de Pescia, un itinéraire permet de redécouvrir ces bâtiments qui ont expérimenté de nouvelles formes de vie collective.
Figure centrale de ce parcours, Giovanni Michelucci (1891-1990) a marqué l'architecture italienne par sa capacité à penser le bâtiment comme un espace social avant tout. Son œuvre la plus célèbre reste l'église San Giovanni Battista, dite Chiesa dell'Autostrada, située près de l'autoroute A1 à Campi Bisenzio, non loin de Florence. Conçue au début des années 1960, cette église au profil audacieux, faite de courbes et de béton, rompt avec les codes traditionnels du lieu de culte. Elle est aujourd'hui considérée comme un jalon de l'architecture religieuse moderne.
Le parcours proposé ne s'arrête pas à ce seul édifice. Il conduit également à Pescia, où le marché aux fleurs témoigne d'une autre facette de cette modernité toscane, plus fonctionnelle et ancrée dans l'économie locale. Ces réalisations illustrent la diversité d'une génération d'architectes qui, dans l'après-guerre, ont cherché à répondre aux besoins d'une société en transformation rapide.
L'expression « école florentine » désigne ce courant d'architectes et d'urbanistes formés autour de Michelucci, dont l'influence s'est étendue à de nombreux projets en Toscane. Leur approche se caractérise par une attention particulière aux usages, aux communautés et aux paysages, loin d'une architecture spectaculaire ou purement esthétique. Le béton y est souvent employé de manière expressive, mais toujours au service d'une réflexion sur l'habitat et le vivre-ensemble.
Ces bâtiments restent pourtant méconnus du grand public, y compris de nombreux visiteurs de la région. Leur redécouverte s'inscrit dans un intérêt croissant pour le patrimoine architectural du XXe siècle, longtemps négligé au profit des périodes plus anciennes. Elle pose aussi la question de la préservation de ces œuvres, souvent exposées à l'usure du temps et aux transformations urbaines.
Pour les amateurs d'architecture comme pour les curieux, cet itinéraire offre une autre lecture de la Toscane, moins touristique et plus contemporaine. Il rappelle que le patrimoine n'est pas seulement ancien et que les utopies collectives du siècle dernier continuent d'interroger notre manière d'habiter et de construire.