Des corps épars, vulnérables, traversés par la violence de l’histoire. Des floraisons d’explosions atomiques. Des objets qui subliment l’absence en conservant la mémoire d’un geste et de la fragilité humaine. L’œuvre de Miriam Cahn, à la fois physique et puissante, abolit la distance de sécurité du spectateur : elle le regarde et lui demande d’être regardée. C’est cette expérience immersive que propose la rétrospective consacrée à l’artiste suisse au Macro de Rome, visible jusqu’au 15 novembre.
Le portfolio présenté ici a été sélectionné par la directrice du musée romain, qui a conçu l’exposition. Il offre un parcours dans l’univers singulier de cette figure majeure de la scène artistique contemporaine, dont le travail interroge sans relâche les rapports entre le corps, la mémoire et les traumatismes collectifs. Née à Bâle en 1949, Miriam Cahn s’est imposée dès les années 1970 par une pratique radicale, refusant les catégories et les conventions, pour mieux explorer ce que l’histoire fait aux êtres.
Ses toiles, souvent de grand format, mettent en scène des silhouettes humaines aux contours incertains, des visages qui nous font face, des corps marqués par l’épreuve. La peintre n’hésite pas à représenter l’indicible : les explosions nucléaires deviennent chez elle des fleurs inquiétantes, la violence politique laisse des traces sur les chairs. Cette approche directe, sans détour ni fioriture, confère à ses œuvres une intensité rare, qui ne laisse personne indifférent.
L’exposition du Macro s’inscrit dans une reconnaissance plus large de l’œuvre de Miriam Cahn, régulièrement présentée dans les grandes institutions internationales. Elle a notamment participé à la documenta et à la Biennale de Venise, où ses installations ont marqué les esprits. Son travail, ancré dans les luttes féministes et pacifistes, résonne avec une actualité où les corps restent des champs de bataille, qu’il s’agisse des conflits armés, des violences faites aux femmes ou des migrations forcées.
La commissaire de l’exposition romaine souligne la dimension relationnelle de cette peinture : les œuvres de Miriam Cahn ne se contemplent pas de loin, elles interpellent, bousculent, obligent à une forme de face-à-face. Cette proximité voulue est au cœur de la démarche de l’artiste, pour qui la création est un acte politique et existentiel, une manière de témoigner de la vulnérabilité partagée des humains face à l’histoire.
Jusqu’au 15 novembre, les visiteurs du Macro de Rome sont donc invités à entrer dans cet univers sans concession, où la beauté naît parfois de la douleur, et où chaque toile tend un miroir exigeant à notre humanité. Une occasion rare de découvrir ou redécouvrir une artiste essentielle, dont l’œuvre continue de nous parler avec une urgence intacte.