Dans un village du Jharkhand, en Inde, une tentative de répondre à un comportement inhabituel par un rituel d’exorcisme s’est terminée par un homicide. Selon la police, Ponde Ram Angaria, 24 ans, a tranché la gorge de Gora Angaria, 42 ans, un homme présenté comme un exorciste autoproclamé, puis a pris la fuite.
Les habitants avaient fait venir Gora Angaria après avoir observé pendant plusieurs jours un comportement qu’ils jugeaient anormal chez le jeune homme. Le rituel devait, selon leur compréhension de la situation, le « guérir ». Les autorités décrivent ensuite une attaque soudaine au cours de la cérémonie. L’enquête doit encore préciser les circonstances et les responsabilités pénales.
Il serait trompeur de résumer l’affaire par l’idée d’une « possession » qui aurait conduit au meurtre. La police rapporte des faits et un contexte rituel, mais aucun diagnostic médical public ne permet d’expliquer le comportement du suspect. Une agitation, un retrait, des propos inhabituels ou une désorganisation peuvent avoir de nombreuses causes — médicales, neurologiques, psychiatriques, liées à des substances ou à une crise aiguë. Les attribuer d’emblée à une force surnaturelle peut retarder une évaluation adaptée.
L’Organisation mondiale de la santé rappelle que des traitements et des formes de prévention efficaces existent pour de nombreux troubles mentaux. Elle insiste aussi sur le rôle des soins de première ligne et des équipes multidisciplinaires pour repérer les problèmes, évaluer les risques et orienter une personne vers les spécialistes nécessaires. Ce principe général ne permet pas de poser un diagnostic à distance dans l’affaire du Jharkhand, mais il éclaire le risque d’une réponse exclusivement rituelle à un comportement inquiétant.
La question n’est pas de nier la place de la religion ou des pratiques spirituelles dans la vie d’une communauté. Elles peuvent offrir du soutien, des repères et une présence humaine. Le danger apparaît lorsque le rituel remplace l’examen médical, notamment lorsqu’une personne est désorientée, agressive, suicidaire ou manifestement en crise. Dans ces situations, la sécurité et l’accès aux professionnels doivent primer.
L’affaire rappelle aussi que l’exorciste lui-même peut devenir victime. Gora Angaria a été appelé parce que la communauté pensait qu’il pouvait résoudre un problème. Selon la version policière, il a été tué au cours de l’intervention. La confiance accordée à une personne se présentant comme guérisseur ou exorciste ne garantit ni sa compétence clinique ni sa capacité à gérer une crise dangereuse.
Dans de nombreuses sociétés, la santé mentale se trouve encore au croisement de la médecine, de la famille, de la spiritualité et du manque d’accès aux soins. Le drame du Jharkhand montre pourquoi ces domaines ne peuvent pas être confondus. Une croyance peut donner un sens à une expérience, mais elle ne remplace pas l’évaluation d’un risque immédiat.
L’enquête devra dire ce qui s’est passé précisément pendant le rituel et retrouver, le cas échéant, les éléments permettant de juger le suspect. Pour les familles confrontées à un comportement soudain et inquiétant, la leçon pratique est plus simple : chercher une aide médicale qualifiée n’exclut pas le soutien spirituel, mais peut empêcher qu’une crise soit interprétée uniquement à travers la peur et le surnaturel.