Le tribunal administratif de Paris a annulé l'expulsion « en urgence absolue » de l'influenceur algérien Boualem Naman, connu sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme de « Doualemn ». La décision, rendue ce vendredi 18 septembre 2026, constitue un revers pour le ministère de l'Intérieur, qui avait ordonné cette mesure d'éloignement sans passer par la procédure habituelle.
Selon les éléments rapportés par la presse, les juges ont estimé que le ministre de l'Intérieur avait « entaché sa décision d'irrégularité ». La procédure d'urgence absolue, prévue par le droit des étrangers, permet à l'autorité administrative d'expulser une personne sans lui laisser le temps de préparer sa défense, mais elle reste soumise à des conditions strictes que le tribunal n'a pas jugées réunies dans ce dossier.
L'affaire Doualemn avait pris une dimension médiatique importante ces derniers mois. Boualem Naman, figure controversée des réseaux sociaux, avait été placé en rétention avant que l'administration ne décide de l'expulser vers l'Algérie. Son cas avait été relayé par plusieurs médias nationaux, alimentant les débats sur l'usage des procédures d'expulsion accélérées et sur le traitement réservé aux influenceurs étrangers établis en France.
La décision du tribunal administratif de Paris ne signifie pas pour autant que Boualem Naman obtient un droit au séjour définitif. Elle annule uniquement l'arrêté d'expulsion pris en urgence absolue, ce qui pourrait contraindre le ministère de l'Intérieur à reprendre la procédure selon les voies ordinaires s'il souhaite maintenir sa volonté d'éloignement. Sollicité, le ministère n'avait pas encore réagi publiquement à cette annulation au moment de la publication de cet article.
Cette décision judiciaire s'inscrit dans un contexte de multiplication des contentieux autour des mesures d'expulsion visant des personnalités actives sur les réseaux sociaux. Les juridictions administratives rappellent régulièrement que l'urgence absolue doit répondre à des critères précis, notamment une menace grave et imminente pour l'ordre public, et que son usage ne peut être détourné pour contourner les garanties offertes aux personnes concernées.
Pour Boualem Naman, l'annulation de son expulsion représente une victoire juridique immédiate. Elle ne préjuge toutefois pas de l'issue des procédures qui pourraient suivre, ni des éventuelles nouvelles décisions administratives le concernant. L'intéressé, qui résidait en France depuis plusieurs années, avait déjà été au centre de plusieurs procédures judiciaires, dont une comparution devant le tribunal de grande instance de Montpellier en février 2025.
L'affaire illustre la tension persistante entre la volonté politique d'éloigner rapidement certaines personnes et les exigences procédurales du droit administratif. Les avocats de Boualem Naman avaient contesté la légalité de l'arrêté, arguant que rien ne justifiait une telle précipitation. Le tribunal leur a donné raison sur ce point, sans se prononcer sur le fond du dossier migratoire de l'influenceur.
Reste à savoir si le ministère de l'Intérieur décidera de faire appel ou de reprendre la procédure depuis le début. Cette décision pourrait faire jurisprudence pour d'autres dossiers similaires, en rappelant aux autorités que la voie de l'urgence absolue ne peut être utilisée que dans des circonstances exceptionnelles et dûment justifiées.