Le chanteur Antoine Ciosi, l'une des voix les plus familières de la chanson corse, s'est éteint paisiblement dans son hameau de Curzo, à Corbara, au terme de plus de soixante ans de carrière. Il avait 94 ans. Sa disparition a été annoncée par son fils, le guitariste Jérôme Ciosi, sur les réseaux sociaux, dans un message empreint de pudeur : « Mon père a quitté ce monde hier soir. Il s'est endormi dans la quiétude et j'espère la tête pleine de chansons… Antoine Ciosi 1931 / 2026 ».
Natif de Sorbo-Ocagnano, Antoine Ciosi a consacré l'essentiel de son existence au chant et à l'écriture. Sa carrière débute à Paris, puis prend véritablement son envol en 1963, lors du premier festival de la chanson corse organisé à l'Olympia, avec le titre Paese spentu. Pendant six décennies, il enregistre une quarantaine d'albums et continue, aussi longtemps que possible, de monter sur scène au-delà de ses 90 ans. En Corse, les hommages affluent, saluant un passeur de mémoire dont la voix aura accompagné plusieurs générations d'insulaires.
Si cette disparition bouleverse autant Thomas Dutronc, c'est en raison de son amitié profonde avec Jérôme Ciosi. Les deux musiciens se sont rencontrés en 1996 dans la montagne corse et ne se sont plus quittés depuis. En 2025, sur son compte Facebook, le fils de Jacques Dutronc rendait un hommage affectueux à son partenaire de scène : « Ami de toujours rencontré dans la montagne corse, on a fait 2000 concerts ensemble, il joue de la guitare fabuleusement bien, on a fait de super belles chansons et tournées ensemble ».
Formé au conservatoire, le guitariste a par ailleurs collaboré avec Juliette Gréco et Françoise Hardy. Il avait également assuré la direction artistique de Duetti, l'album de duos paru en 2019 dans lequel son père réunissait, le temps d'un disque, plusieurs générations de chanteurs corses.
Cette perte résonne d'autant plus fort que les destins de plusieurs familles d'artistes se croisent dans la région. Antoine Ciosi s'est éteint à quelques pas de la propriété de Jacques Dutronc, installé depuis près d'un demi-siècle à Monticello, dans la demeure imaginée autrefois par Françoise Hardy. Son fils Thomas vit à Lumio, à peine quelques kilomètres plus loin, tout comme Laetitia Casta, qui y possède sa maison de famille.
L'interprète de J'aime plus Paris, qui a fait de la Balagne son véritable refuge, entretenait d'ailleurs des liens musicaux avec le disparu : Antoine Ciosi avait enregistré l'album In Bastia avec la complicité de son fils Jérôme et du guitariste de jazz manouche. Autant de racines communes qui font de ce deuil une affaire aussi intime que corse.