j’étais nommée Miss Ronde FIFRG Martinique.
Évidemment que j’étais heureuse.
Même très heureuse.
J’avais osé envoyer mes photos.
J’avais attendu.
J’avais douté.
Et finalement, le comité avait décidé de me faire confiance.
Mais après la joie sont arrivées les questions.
Parce qu’une nomination, ce n’est pas seulement une couronne qu’on reçoit.
C’est aussi une place qu’il faut apprendre à occuper.
Et très vite, une question est venue dans ma tête :
« Est-ce que je suis légitime ? »
Puis une autre :
« Est-ce que la Martinique voudra me suivre ? »
Et encore une autre :
« Est-ce que les gens vont comprendre comment j’ai été nommée ? »
Parce qu’il y avait une chose importante à expliquer.
Il n’y avait pas eu d’élection en Martinique.
Et forcément, lorsque j’ai annoncé ma nomination à ma famille, les premières réactions ont été très naturelles.
On m’a demandé :
« Mais quand a eu lieu l’élection ? »
« Pourquoi on n’était pas au courant ? »
« Si on avait su, on serait venus te soutenir ! »
Et je comprends totalement ces questions.
Parce que si quelqu’un m’avait annoncé une nomination sans que je sache qu’une élection avait eu lieu, je me serais probablement posé les mêmes questions.
Il fallait donc expliquer.
Expliquer que le comité n’avait pas réussi à mettre en place une élection en Martinique.
Expliquer que ma nomination venait du comité.
Et surtout, accepter que certaines personnes puissent avoir besoin de comprendre avant de me considérer comme leur représentante.
Au début, forcément, ça m’a fait réfléchir.
Parce que je me suis demandé :
« Est-ce que les gens vont me considérer comme légitime ? »
Et puis je me suis arrêtée.
Je me suis dit :
« Katia, attends. »
Si une autre femme avait été choisie à ma place, est-ce que je l’aurais félicitée ?
Oui.
Est-ce que je l’aurais applaudie ?
Oui.
Alors pourquoi est-ce que je devrais avoir honte d’accepter cette place lorsqu’elle m’est donnée à moi ?
Je n’ai pas demandé à être choisie plutôt qu’une autre.
Je n’ai pas empêché une élection d’avoir lieu.
J’ai simplement fait une chose :
j’ai osé me présenter.
Et le comité a décidé de me faire confiance.
Alors avec le recul, je me suis dit :
Je ne suis pas moins légitime qu’une autre femme parce que mon parcours a commencé différemment.
Et puis, au fond, il y avait aussi quelque chose qui me rendait heureuse.
Cela faisait plusieurs années que la Martinique n’avait pas eu de Miss Ronde élue sur son territoire.
Alors, même si mon parcours était particulier, j’étais surtout heureuse qu’une femme soit de nouveau là pour porter cette représentation.
Et maintenant que j’avais cette place…
il fallait que je réfléchisse à ce que j’allais en faire.
Parce que je ne voulais pas simplement porter une couronne.
Je voulais qu’elle représente quelque chose.
Je voulais représenter ces femmes qui doutent.
Celles qui ont des complexes.
Celles qui ont parfois l’impression de ne pas être assez belles, assez légitimes ou assez visibles.
Celles qui ont appris à baisser la tête alors qu’elles devraient pouvoir la relever.
Alors je me suis dit :
« C’est mon moment. »
Pas parce que je suis meilleure qu’une autre.
Pas parce que je mérite plus qu’une autre.
Mais parce qu’aujourd’hui, c’est moi qui suis là.
Et maintenant que j’ai cette place, je veux essayer d’en faire quelque chose de positif.
Parce qu’une couronne, finalement, ce n’est pas seulement un objet posé sur la tête.
C’est ce qu’on choisit d’en faire.
Et moi, je venais à peine de comprendre que cette nomination n’était pas la fin de mon aventure.
C’était seulement le début.