Le nationalisme identitaire et excluant revient en force sur la scène européenne. De Belgrade à Budapest, de l'Allemagne à Rome, cette tendance politique s'enracine dans plusieurs pays du continent, portée par des discours qui privilégient l'homogénéité culturelle au détriment de l'ouverture et de la diversité.
Cette résurgence s'inscrit dans un contexte de mémoire courte, où les leçons de l'histoire semblent s'effacer. Les mouvements nationalistes, qui prospèrent sur la peur de l'autre et la défense d'une identité fantasmée, trouvent un écho croissant auprès d'électorats inquiets face aux transformations économiques, migratoires et culturelles.
En Serbie, en Hongrie, en Allemagne et en Italie, des formations politiques de cette mouvance occupent désormais une place centrale dans le débat public. Leurs programmes convergent autour de la fermeture des frontières, du rejet des institutions supranationales et de la promotion d'une souveraineté nationale exclusive.
Cette dynamique n'est pas sans rappeler les heures sombres du XXe siècle, lorsque des idéologies similaires avaient conduit l'Europe à la catastrophe. Pourtant, la mémoire de ces épisodes semble s'estomper, laissant le champ libre à des discours simplistes et à des solutions autoritaires.
L'analyse de Corrado Formigli met en lumière le paradoxe d'une Europe qui, tout en ayant bâti sa construction sur la paix et la coopération, voit ressurgir les démons du passé. Les nationalismes actuels ne se contentent pas de critiquer l'Union européenne ; ils remettent en cause les fondements mêmes de la coexistence pacifique entre les peuples.
Face à cette montée, les forces démocratiques et pro-européennes peinent à proposer un récit alternatif capable de rivaliser avec la simplicité des slogans nationalistes. La fragmentation des opinions et la crise des partis traditionnels compliquent la tâche de ceux qui défendent une Europe unie et solidaire.
Le phénomène dépasse les frontières de l'Union européenne. Des Balkans à l'Europe centrale, en passant par les grandes démocraties occidentales, la tentation du repli identitaire traverse les sociétés. Les élections récentes dans plusieurs pays ont confirmé cette tendance, avec des scores élevés pour les partis nationalistes et populistes.
Les conséquences de cette évolution sont multiples. Affaiblissement de la coopération internationale, tensions diplomatiques accrues, stigmatisation des minorités et des migrants, remise en cause de l'état de droit : autant de signaux d'alerte qui inquiètent les observateurs.
Pour Corrado Formigli, la mémoire courte de l'Europe est un facteur aggravant. En oubliant les ravages du nationalisme au siècle dernier, les sociétés européennes s'exposent à répéter les mêmes erreurs. La connaissance de l'histoire et la transmission de ses leçons apparaissent dès lors comme des remparts nécessaires.
La question qui se pose est celle de la capacité des démocraties européennes à endiguer cette vague avant qu'elle ne submerge les acquis de plusieurs décennies d'intégration. L'enjeu dépasse les clivages partisans : il touche à l'identité même de l'Europe et à sa place dans le monde.
Alors que les nationalismes se nourrissent de la peur et du ressentiment, une réponse fondée sur la raison, la solidarité et la mémoire semble plus que jamais indispensable. Le défi est immense, mais l'avenir de la construction européenne en dépend.