Le designer Jan-Micha Gamer a fait d'un fauteuil en cuir promis à la benne un ensemble de neuf objets domestiques. Baptisé « Raw Material: Armchair », ou « Armchair as Resource », le projet démontre qu'un bien de consommation complexe et hétérogène peut être entièrement réemployé, sans être rétrogradé en matériau de moindre valeur. Le fauteuil provenait des encombrants municipaux.
Pour mener son étude, le designer a commencé par démonter le fauteuil en trois ensembles : la structure porteuse, les couches de rembourrage et l'enveloppe extérieure. Il a ensuite trié les différentes fractions de matière, à savoir le bois, les fixations métalliques, la mousse, les sangles textiles et les peaux de cuir usées. Plutôt que de dissimuler les imperfections, la conception s'est adaptée aux dimensions irrégulières et aux patines du matériau récupéré. Les assemblages privilégient des liaisons sèches et réversibles plutôt que des colles permanentes, et les finitions ont été choisies pour préserver la pureté monomatière de chaque élément, afin qu'il puisse être démonté à nouveau plus tard.
Les neuf objets qui en résultent vont de petites tables et de contenants de rangement à des corbeilles à fruits dont l'intérieur est recouvert de textiles réemployés. Le cuir récupéré a été façonné en panier de sol, qui conserve plis et traces d'usage. La forme géométrique des pieds d'origine en hêtre a été reprise pour un unique bougeoir. Un abat-jour est formé de couches géométriques recouvertes d'un fin tissu laissant deviner la texture de l'ancien rembourrage. Les ressorts ondulés du fauteuil ont inspiré un bol sculptural, assemblé avec des connecteurs vissables en acier inoxydable. Un pouf réunit des couches de mousse de densités différentes en une assise compacte et architecturale. Un cadre en chutes de bois encadre une reproduction du fauteuil d'origine, et un meuble est entièrement fabriqué en carton gris, dont les surfaces recouvraient autrefois la mousse ; colle et agrafes restent visibles. Enfin, des morceaux de cuir irréguliers composent un tapis évoquant une peau animale, et un revêtement translucide et résistant met en valeur le grain inhabituel du bois de faible qualité de la structure, transformant un matériau négligé en élément distinctif.
Selon le designer, ce travail illustre la possibilité de traiter à petite échelle et de manière décentralisée des flux de déchets non standardisés, pour en faire des produits domestiques fonctionnels. Le projet a été soumis à designboom dans le cadre de sa rubrique de contributions de lecteurs, qui accueille des travaux réalisés en autonomie. Le magazine précise que le projet a été édité par Christina Vergopoulou.
Cette démarche s'inscrit dans un intérêt plus large pour le réemploi du mobilier. Dans un autre registre, la maison d'édition Assouline a lancé une collection, « The Library Collection: Game Room », qui transforme cinq jeux de table classiques, dont les échecs, le backgammon, le morpion, les dominos et les cartes à jouer, en objets de décoration de luxe. Les pièces associent noyer, cuir, laiton brossé, aluminium et polysuède, dans une palette de rouge, de camel, de brun et de pierre. Le jeu d'échecs « Empire », affiché à 2 500 dollars, réunit une structure en noyer, une bordure en laiton brossé et une surface de jeu en cuir. Assouline ne modifie pas les règles des jeux ; la collection vise à présenter ces objets familiers comme des pièces dignes d'être exposées entre deux parties. Les deux projets partagent ainsi une même attention portée à la matière et à la présence des objets dans l'habitat quotidien, même si l'un part d'un déchet et l'autre d'un produit de luxe.