Un capitaine de gendarmerie mobile a été brûlé à la jambe samedi lors des manifestations parisiennes, après qu’une bombe artisanale a explosé à ses pieds, porte de Charenton. Les enquêteurs cherchent désormais à identifier les auteurs du jet, dans une foule où les visages étaient souvent dissimulés.
Selon les autorités, les manifestations de samedi ont réuni 70.000 personnes à Paris. Sur les vidéos qui circulent en boucle sur les réseaux sociaux, on voit la jambe de l’officier s’enflammer instantanément après l’impact du cocktail Molotov. Deux de ses collègues se précipitent vers lui pour étouffer les flammes, aidés par un homme vêtu d’un tee-shirt blanc et d’un chapeau de paille. Le militaire a reconnu au micro de BFMTV qu’on « a peut-être frôlé un peu la catastrophe ». Face à la pluie de projectiles lancés par un groupe déterminé, il dit ne pas avoir vu l’engin arriver : « Personne n’est capable d’identifier vraiment d’où vient précisément chaque projectile. » Il décrit une sensation de brûlure immédiate et intense, qui a rapidement atteint l’équipement et la peau.
Le capitaine n’a été que légèrement blessé. Il s’est vu accorder dix jours d’interruption totale de travail et est retourné travailler à Dreux, dans l’Eure-et-Loir, après son hospitalisation. Dès samedi, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a dénoncé une « tentative de meurtre » et promis que « tout sera mis en œuvre » pour retrouver les auteurs. Dimanche, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour « tentative d’homicide sur personnes dépositaires de l’autorité publique », confiée à la Sûreté territoriale de Paris.
L’enquête repose d’abord sur l’exploitation des images tournées par des témoins. Le parquet confirme que les vidéos et photos diffusées sur les réseaux sociaux sont en cours d’analyse. Ce premier tri a permis d’isoler trois personnes vêtues de noir, de type black bloc, comme auteurs potentiels. Aucune interpellation n’a encore eu lieu. Rudy Manna, délégué national du syndicat Unsa police, estime que les caméras de vidéoprotection seront déterminantes : « On peut remonter le chemin fait par le suspect. C’est un travail de fourmi. » Il s’agit de suivre ces trois individus avant, pendant et après l’attaque, en cherchant le moment où ils changent de tenue, retirent leurs masques, montent dans un véhicule, prennent le train ou rentrent chez eux.
Les enquêteurs misent aussi sur la police technique et scientifique. Des prélèvements d’ADN sur les restes du cocktail, sur les morceaux de verre ou sur la mèche pourraient s’avérer décisifs s’ils correspondent à un profil déjà enregistré dans un fichier de police. Le renseignement humain compte également : selon Rudy Manna, dans ce type d’affaire, certains témoins sont gênés qu’un policier soit attaqué, et des suspects arrêtés pourraient finir par parler, car ils ne veulent pas être condamnés pour une tentative d’homicide. Les services de renseignement, qui connaissent le phénomène de l’ultragauche et des black blocs, sont également mobilisés.
Pour le syndicaliste, cette attaque marque un cap : « Ce n’est plus possible, on en arrive à des degrés de violence inouïe. Ils sont passés à l’acte pour tuer. » Il réclame des sanctions sévères, rappelant que le geste aurait pu être bien plus grave : « C’est un miracle qu’il n’ait presque rien. »