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Luciano Fabro investit l'HangarBicocca avec une réflexion sur l'habitat

Le HangarBicocca de Milan consacre une exposition à Luciano Fabro, « Abitare lo spazio », qui explore la notion d'habitat à travers une sélection d'œuvres invitant à une expérience sensorielle, intellectuelle et relationnelle.

Le HangarBicocca, à Milan, présente une exposition consacrée à Luciano Fabro intitulée « Abitare lo spazio ». À travers une sélection resserrée d'œuvres, l'accrochage entend restituer la complexité de la recherche de l'artiste italien et convier le public à une expérience à la fois sensorielle, intellectuelle et relationnelle. L'exposition s'attache moins à la rétrospective qu'à la manière dont Fabro pensait l'occupation de l'espace et la relation entre l'œuvre, le lieu et celui qui la regarde.

Né en 1936 à Turin et disparu en 2007, Luciano Fabro est l'une des figures majeures de l'Arte Povera, ce mouvement italien apparu à la fin des années 1960 qui privilégie des matériaux simples — marbre, soie, verre, fer, cuivre — et interroge le rapport de l'art au quotidien. Son travail se distingue par une attention constante aux conditions matérielles et symboliques de la perception : ses sculptures, souvent conçues comme des dispositifs à activer, déplacent les habitudes du spectateur et l'invitent à éprouver l'espace plutôt qu'à le contempler à distance.

Le titre de l'exposition, « Abitare lo spazio », résume cette démarche. Habiter ne signifie pas seulement occuper un volume, mais établir un rapport actif avec ce qui nous entoure. La sélection d'œuvres présentée à l'HangarBicocca cherche précisément à faire sentir cette dimension relationnelle : les pièces ne sont pas disposées comme des objets isolés, mais comme des éléments d'un ensemble qui sollicite le corps, l'attention et la mémoire du visiteur. Le parcours se veut ainsi une expérience ouverte, où chaque œuvre contribue à une réflexion plus large sur notre manière d'être au monde.

L'HangarBicocca, ancien site industriel reconverti en lieu d'exposition, offre un écrin particulièrement adapté à cette recherche. Ses vastes nefs, ses volumes bruts et sa lumière changeante prolongent la réflexion de Fabro sur l'espace et sur les conditions concrètes de la perception. Le lieu, connu notamment pour ses installations monumentales, accueille ici un projet qui joue sur les échelles et sur la relation entre l'architecture et les œuvres, sans jamais réduire celles-ci à un simple décor.

L'exposition s'inscrit dans une actualité culturelle dense pour Milan, où les institutions publiques et privées multiplient les propositions consacrées à l'art italien de la seconde moitié du XXe siècle. Elle témoigne aussi de l'intérêt persistant pour l'Arte Povera, dont les principes — économie des moyens, attention aux matériaux, refus de la spectacularisation — continuent de nourrir les pratiques contemporaines. Pour le public français, familier de Fabro grâce à plusieurs présentations en institutions, cette étape milanaise offre l'occasion de retrouver une œuvre exigeante, souvent décrite comme discrète mais profondément cohérente.

La scénographie privilégie la clarté et la respiration, laissant à chaque pièce l'espace nécessaire pour déployer ses effets. Le visiteur est invité à ralentir, à circuler, à s'arrêter, selon un rythme qui n'est pas imposé mais suggéré par les œuvres elles-mêmes. C'est là toute la force de la proposition : faire de l'exposition un lieu d'expérience plutôt qu'un simple accrochage, et rappeler que l'art de Fabro, loin d'être abstrait, concerne d'abord notre manière d'habiter le monde.