Le président serbe Aleksandar Vucic a annoncé la dissolution de l'Assemblée nationale et la convocation d'élections législatives anticipées pour le 25 octobre. L'annonce, faite depuis Belgrade, met fin à plusieurs semaines d'incertitude politique dans un pays secoué par une vague de contestation sans précédent depuis plus d'un an.
Arrivé au terme de son second et dernier mandat présidentiel, Aleksandar Vucic ne peut pas se représenter à la tête de l'État. Son parti, le Parti progressiste serbe (SNS), l'a néanmoins investi comme candidat au poste de Premier ministre pour le scrutin à venir. Cette manoeuvre institutionnelle lui permet de rester au sommet du pouvoir exécutif en changeant de fonction, une pratique déjà observée dans d'autres pays de la région.
La dissolution du Parlement intervient dans un contexte de forte tension sociale. Depuis l'effondrement de l'auvent de la gare de Novi Sad, qui a causé la mort de seize personnes, des manifestations massives dénoncent la corruption et la mauvaise gestion des infrastructures. Le mouvement, d'abord étudiant, s'est élargi à de larges franges de la société serbe, remettant en cause la mainmise du pouvoir sur les institutions et les médias.
L'opposition, fragmentée mais galvanisée par la mobilisation de la rue, dénonce un scrutin organisé dans des conditions qu'elle juge défavorables. Plusieurs formations réclament des garanties sur la régularité du vote et l'accès équitable aux médias publics. Les observateurs internationaux, dont l'OSCE, devraient être invités à surveiller le déroulement des opérations électorales.
Sur le plan international, ce remaniement politique intervient alors que la Serbie poursuit son difficile rapprochement avec l'Union européenne tout en maintenant des liens étroits avec la Russie et la Chine. Bruxelles suit de près l'évolution de la situation, le pays candidat devant démontrer son attachement à l'État de droit et à la stabilité régionale dans les Balkans occidentaux.
La campagne électorale s'annonce intense. Le SNS, fort de son appareil et de son ancrage dans les zones rurales, part favori. Mais la dynamique des manifestations et l'usure du pouvoir pourraient rebattre les cartes. Les électeurs serbes devront trancher entre la continuité incarnée par Aleksandar Vucic et les promesses de renouveau portées par une opposition encore en quête d'unité.
Le scrutin du 25 octobre déterminera non seulement la composition du nouveau Parlement, mais aussi la capacité du président sortant à se maintenir à la tête du gouvernement. Pour les partenaires européens, l'enjeu dépasse les frontières serbes : il s'agit de la stabilité d'une région où les équilibres géopolitiques restent fragiles et où la démocratie est mise à l'épreuve.