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L'artiste Johanna Toruño invite les Latinas à occuper l'espace public

Dans un épisode du podcast Sin Vergüenza, l'artiste salvadorienne Johanna Toruño revient sur les injonctions qui poussent les Latinas à se faire discrètes et sur la manière de les dépasser par l'art urbain.

L'artiste Johanna Toruño veut que les Latinas cessent de se faire toutes petites. Née au Salvador, élevée en Virginie et installée à Los Angeles, elle est l'invitée d'un nouvel épisode du podcast Sin Vergüenza, produit par Somos, consacré aux messages et aux attentes qui apprennent aux femmes latinas à se rendre invisibles.

Depuis 2016, Johanna Toruño parcourt les espaces publics des États-Unis avec son projet The Unapologetic Street Series. Elle y affiche des phrases et des affirmations qui célèbrent les Latinas, les immigrés, les personnes queer et trans, ainsi que d'autres communautés marginalisées. Pour elle, l'espace urbain devient un lieu de reconnaissance et de visibilité, loin des murs des galeries et des musées.

Le point de départ de cette démarche est un constat personnel. En grandissant, l'artiste raconte avoir tenté de prendre le moins de place possible, dissimulant les courbes héritées de sa mère portoricaine sous des sweats-shirts trop grands, parlant à voix basse et retenant jusqu'à sa toux pour ne pas se faire remarquer. Elle décrit des années passées à se réduire, avec des conséquences graves sur son corps et sur sa vie.

Ce récit rejoint une expérience plus large. Selon les recherches citées dans l'épisode, l'anxiété liée à l'immigration — la peur d'être arrêté, détenu, surveillé ou profilé — modifie la façon dont les personnes se déplacent, les lieux qu'elles fréquentent et leur sentiment de légitimité à occuper l'espace. Dans un contexte de durcissement des politiques migratoires, de menaces sur les droits et de rhétorique politique hostile, cette pression à disparaître peut s'intensifier.

Le podcast Sin Vergüenza explore précisément cette tension. Il s'interroge sur ce que les personnes perdent lorsqu'elles cherchent constamment à être moins visibles, et sur ce que les communautés gagneraient si davantage de femmes latinas se sentaient libres de prendre leur place. L'épisode revient sur les messages subtils ou explicites qui assimilent la visibilité, l'ambition ou l'expression des opinions à un risque.

Pour Johanna Toruño, la réponse passe par la création et par l'occupation de l'espace public. Ses affiches, placardées dans les rues, rappellent que l'existence des Latinas, des immigrés et des personnes queer n'a pas à être justifiée. L'artiste explique vouloir inspirer d'autres Latinas à se rendre visibles, même lorsque cela effraie, et à s'encourager mutuellement à ne plus se cacher.

L'épisode de Sin Vergüenza est disponible sur Apple Podcasts et Spotify. Il s'inscrit dans une réflexion plus vaste sur la manière dont les attentes sociales façonnent la vie quotidienne des femmes latinas aux États-Unis, entre pression à l'effacement et désir de reconquête de l'espace public.

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