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Un appareil photo jetable en mycélium remplace le plastique à usage unique

Le designer Sree Krishna Pillarisetti présente Soft-pixel, un appareil photo numérique dont la coque est faite de mycélium, de chanvre et de bioplastique PHA. Le projet, primé en 2026, pose la question de la fin de vie des appareils électroniques.

Un appareil photo jetable pourrait bientôt se passer du plastique à usage unique. Le designer new-yorkais Sree Krishna Pillarisetti propose Soft-pixel, un appareil photo numérique dont l’enveloppe est fabriquée à partir de mycélium, le réseau filamenteux d’un champignon, mélangé à du chanvre et à un bioplastique appelé PHA. Le projet, conçu pour conserver les photos en local plutôt que dans le nuage, a reçu en 2026 le prix européen du Meilleur éco-design, ainsi qu’une distinction Top Design dans la catégorie des appareils photo numériques.

L’idée s’inspire directement des appareils jetables des années 1990, comme le QuickSnap de Fujifilm lancé il y a quarante ans, un boîtier de pellicule déposé au drugstore puis oublié. Le designer part de cet objet familier pour interroger une autre question : quelle partie de l’appareil doit réellement être jetable ? Dans Soft-pixel, la coque est pensée comme la seule pièce vouée à une fin de vie biodégradable, tandis que l’électronique reste conservée.

Pillarisetti avait déjà expérimenté ce principe avec Soft-Drive, le projet de fin d’études qu’il a réalisé à la Parsons School of Design. Ce prototype enfermait une carte mémoire et un dissipateur thermique dans une coque en mycélium, chanvre et PLA. Soft-pixel remplace le PLA par le PHA. Selon le dossier de candidature au prix, le procédé combine une croissance biologique du mycélium et un formage à chaud, afin d’obtenir une enveloppe légère et capable d’absorber les chocs.

Le changement de matériau est au cœur du projet. Le PLA se décompose généralement dans les conditions de chaleur et d’humidité d’un compostage industriel. Certains PHA peuvent se biodégrader dans un compost domestique, mais leur comportement dépend de leur formulation et des conditions de décomposition. Autrement dit, la présence de PHA ne rend pas automatiquement la coque compostable dans un jardin. Le dossier ne précise d’ailleurs pas dans quelles conditions exactes elle se dégraderait.

Sur le plan esthétique, l’appareil laisse voir la structure fibreuse de son enveloppe translucide, ce qui lui donne, selon les images publiées, un aspect proche d’une barre de céréales. À l’arrière se trouvent un écran carré, quatre boutons directionnels et des étiquettes orange pour les commandes, le haut-parleur et le micro. Le bouton de déclenchement porte l’inscription « Cheese ! », et une étiquette microSD indique où seront stockées les photos. Une image montre également quatre vis fixant la carte électronique, ce qui suggère que l’appareil est pensé pour être ouvert et réparé.

La comparaison la plus évidente est avec Camp Snap, un appareil numérique sans écran qui oblige à attendre pour visionner ses clichés sur un autre support. Soft-pixel conserve au contraire un écran et s’attaque à un autre problème, celui du stockage dans le nuage. Le dossier de candidature ne mentionne ni capteur, ni définition, ni capacité de batterie, ni capacité de stockage, pas plus qu’un prix ou une date de commercialisation : il s’agit pour l’instant d’un concept.

Le contexte énergétique donne une mesure de l’enjeu. Dans son rapport 2025 sur l’énergie et l’intelligence artificielle, l’Agence internationale de l’énergie estime que les centres de données ont consommé environ 415 térawattheures d’électricité en 2024, soit près de 1,5 % de la consommation mondiale. Dans son scénario de référence, ce chiffre atteindrait environ 945 TWh en 2030. Ces totaux englobent toutefois bien plus que le stockage de photos et ne permettent pas d’évaluer les économies que réaliserait cet appareil.

Le marché des appareils photo numériques, lui, ne suit pas forcément la tendance écologique ou la vogue des compacts. Selon PetaPixel, les expéditions mondiales d’appareils photo numériques ont progressé deux années consécutives en 2025, pour la première fois depuis près de deux décennies. Mais les chiffres de l’organisation CIPA pour août 2026, qui couvrent environ les deux tiers de l’année, laissent penser que 2026 ne prolongera pas cette hausse.

Avant d’imaginer une coque qui nourrirait quelques brins d’herbe, il reste donc à savoir comment la coque finie se composte réellement. Soft-pixel illustre en tout cas une idée simple : conserver l’électronique, garder les photos, et donner à l’enveloppe une autre fin de vie.

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