Trois centres de données appartenant à Yandex, souvent décrit comme le « Google russe », ont été la cible de frappes de drones ukrainiens en l'espace de quatre jours. L'opération, revendiquée par Kiev, visait des infrastructures numériques stratégiques. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé que ces attaques avaient porté un coup sérieux aux capacités de désinformation pro-Kremlin. Mais sur le terrain, l'effet réel de ces frappes sur la propagande en ligne reste difficile à établir avec certitude.
Selon plusieurs observateurs et internautes, l'activité de comptes prorusses sur les réseaux sociaux aurait diminué dans les jours suivant les frappes. L'opposant russe en exil Garry Kasparov, suivi par plus d'un million de personnes sur X, a déclaré que les contenus favorables au Kremlin avaient « déjà chuté de manière spectaculaire » dans son propre fil d'actualité. D'autres utilisateurs ont fait état d'une présence moindre de messages pro-Trump, prorusses ou en soutien au parti allemand AfD, formation antimigrants et prorusse. Ces témoignages, s'ils sont nombreux, restent toutefois anecdotiques et ne permettent pas de quantifier précisément l'impact des frappes.
Les centres de données de Yandex jouent un rôle central dans l'écosystème numérique russe. Ils hébergent une part importante des services en ligne utilisés par les médias, les plateformes sociales et les outils de communication du pays. En ciblant ces infrastructures, l'Ukraine cherche à perturber non seulement l'économie numérique russe, mais aussi les canaux de diffusion de la propagande d'État. Cette stratégie s'inscrit dans un contexte plus large de guerre hybride, où les attaques contre les réseaux et les données sont devenues des armes à part entière.
La question de l'efficacité de ces frappes divise les experts. Certains estiment que la désinformation pro-russe repose sur un réseau décentralisé de comptes et de relais, capable de s'adapter rapidement à la perte d'une plateforme. D'autres soulignent que la destruction de serveurs physiques peut ralentir la diffusion de contenus et semer la confusion au sein des équipes de propagande. Sans données publiques précises sur le trafic et les performances des infrastructures touchées, il est difficile de trancher. Le Kremlin, de son côté, n'a pas commenté l'impact de ces attaques sur ses opérations d'information.
Cette opération intervient alors que la guerre en Ukraine se poursuit et que les deux camps intensifient leurs frappes sur les infrastructures critiques. Kiev a multiplié les attaques de drones contre des cibles énergétiques et numériques en Russie, tandis que Moscou continue de bombarder le réseau électrique ukrainien. Dans ce contexte, la lutte pour le contrôle de l'information est devenue un front à part entière. Les data centers, en tant que points névralgiques de la circulation des données, constituent des cibles de choix pour affaiblir la capacité de l'adversaire à diffuser son récit.
Pour l'heure, aucun bilan officiel des dégâts causés aux installations de Yandex n'a été publié. La société n'a pas communiqué sur l'étendue des perturbations. Les autorités ukrainiennes, elles, présentent ces frappes comme une victoire dans la guerre informationnelle. Mais tant que des mesures indépendantes ne viendront pas confirmer la baisse durable de la désinformation pro-russe, l'impact réel de ces opérations restera sujet à débat. La guerre des récits, comme celle des drones, est loin d'être terminée.