Elizabeth Holmes revient dans le regard du public par un chemin presque paradoxal : un film qui promet une proximité exceptionnelle avec une femme dont toute l’histoire publique est liée à la question de la crédibilité.
« You Can See Everything », distribué par A24 et réalisé par Nathan Fielder et Lance Oppenheim, suit la fondatrice de Theranos pendant les 34 jours précédant son entrée en prison fédérale en mai 2023. Le projet continue ensuite pendant la période d’incarcération, avec une participation active de Holmes.
Le film a été présenté au Festival de Telluride dans un secret inhabituel. Cette stratégie a immédiatement nourri sa réputation, mais c’est surtout le teaser qui a transformé la sortie en phénomène culturel. ABC a rapporté plus de deux millions de vues sur YouTube en environ vingt-quatre heures.
La séquence la plus commentée met Holmes face à Nathan Fielder dans un silence tendu, presque théâtral. Fielder est connu pour construire des situations où le naturel et la performance deviennent difficiles à distinguer. Face à Holmes, ce dispositif prend un sens particulier.
Pendant l’ascension de Theranos, la jeune entrepreneuse avait développé une image extrêmement maîtrisée : silhouette noire, voix grave, discours de rupture technologique et ambition de transformer la médecine. La société a ensuite sombré après l’effondrement de ses promesses sur les tests sanguins, et Holmes a été reconnue coupable en 2022 de fraude envers des investisseurs.
Le documentaire arrive donc après le verdict. Il ne filme pas une figure en train de conquérir le pouvoir, mais quelqu’un qui sait précisément quand sa liberté va s’arrêter. Cette contrainte temporelle donne au film une intimité différente de celle des précédentes adaptations de l’affaire Theranos.
La question éthique est inévitable. Montrer la vie familiale d’une personne condamnée peut susciter de l’empathie, mais cette empathie ne doit pas effacer les faits qui ont conduit à la condamnation. L’intérêt du projet sera de voir comment les réalisateurs maintiennent cette distance tout en bénéficiant d’un accès que peu d’équipes ont obtenu.
Holmes est depuis longtemps sortie du seul univers économique. Son histoire a été racontée par des podcasts, des livres, des documentaires et la série « The Dropout ». Elle est devenue un personnage culturel associé à une époque où la Silicon Valley transformait les fondateurs en célébrités avant même que leurs promesses soient démontrées.
A24 inscrit « You Can See Everything » parmi ses films de 2026, et les informations publiées autour de Telluride annoncent une sortie en salles à l’automne, avec octobre comme période attendue. Le film n’est pas encore disponible en streaming.
Sa force médiatique actuelle tient peut-être moins à ce qu’il promet de révéler qu’à ce qu’il met en doute. Le titre affirme qu’on peut tout voir. Or l’histoire de Holmes rappelle qu’une abondance d’images, de discours et d’accès ne garantit jamais une vérité simple.
Le public revient donc vers une histoire qu’il connaît déjà, mais sous un angle nouveau : non plus l’ascension et la chute d’une entreprise, mais le moment où une femme devenue symbole tente encore d’exister face à une caméra alors que son récit public lui échappe depuis longtemps.