Gabor Maté, médecin canadien d'origine hongroise et chercheur de renommée mondiale sur les traumatismes, a suscité la controverse en apparaissant sur une chaîne de télévision contrôlée par le Kremlin. Au cours de cette intervention, il a plaidé pour que la « perspective russe » sur la guerre en Ukraine soit écoutée, une prise de position qui a immédiatement provoqué des réactions dans les milieux intellectuels et médicaux.
Connu pour ses travaux sur les liens entre les blessures psychologiques et les maladies physiques, notamment dans son ouvrage « Quand le corps dit non », Maté a utilisé cette tribune pour appeler à une compréhension mutuelle entre les belligérants. Il a estimé que la Russie devait être entendue dans sa propre lecture du conflit, une approche qui contraste fortement avec le consensus occidental majoritaire sur l'agression russe en Ukraine.
Cette apparition intervient alors que les chaînes d'État russes sont largement considérées comme des instruments de propagande du pouvoir de Moscou, diffusant un récit officiel de la guerre qui justifie l'invasion. Le choix de Maté de s'y exprimer a été perçu par certains observateurs comme une caution morale apportée à un discours que de nombreux gouvernements occidentaux qualifient de désinformation.
Né à Budapest en 1944, Gabor Maté a immigré au Canada avec sa famille pendant son enfance. Son parcours personnel, marqué par la Shoah et l'exil, a profondément influencé sa réflexion sur la transmission intergénérationnelle des traumatismes. Ses livres, traduits dans de nombreuses langues, lui ont valu une audience internationale considérable, notamment auprès des professionnels de la santé mentale et du grand public sensible aux questions de développement personnel.
Dans ses interventions publiques, Maté a souvent insisté sur la nécessité de comprendre les racines historiques et psychologiques des conflits, y compris ceux impliquant la Russie. Il a notamment évoqué l'humiliation ressentie par la Russie après la chute de l'Union soviétique comme un facteur explicatif des tensions actuelles. Cette grille de lecture, si elle est partagée par certains analystes, est toutefois jugée problématique par ses détracteurs, qui y voient une forme de relativisation des responsabilités russes dans les atrocités commises en Ukraine.
La polémique s'inscrit dans un débat plus large sur la place des intellectuels et des experts dans le traitement médiatique des conflits. Alors que les plateformes russes cherchent à recruter des voix occidentales pour légitimer leur discours, la question de la responsabilité des intervenants se pose avec acuité. Plusieurs universitaires et cliniciens ont exprimé leur désaccord avec Maté, soulignant que la « perspective » revendiquée par le Kremlin s'accompagne de violations massives des droits humains documentées par les organisations internationales.
Pour l'heure, Gabor Maté n'a pas réagi publiquement aux critiques qui lui sont adressées. Son apparition télévisée continue d'alimenter les discussions sur les réseaux sociaux et dans les colonnes des journaux, illustrant la difficulté de maintenir un dialogue constructif lorsque les canaux de communication sont eux-mêmes partie prenante du conflit.