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Une biographie rend hommage au batteur Clyde Stubblefield, architecte du groove de James Brown

Le livre de D. Leah Steinberg retrace la vie du batteur Clyde Stubblefield, dont le jeu polyrythmique a façonné les tubes de James Brown et nourri des décennies de hip-hop.

CLYDE STUBBLEFIELD
Une biographie rend hommage au batteur Clyde Stubblefield, architecte du groove de James Brown
Clyde Stubblefield · Wikimedia — licence per file · rights

Le batteur Clyde Stubblefield, dont le jeu a propulsé certains des plus grands tubes de James Brown, fait l'objet d'une biographie signée D. Leah Steinberg. L'ouvrage, publié chez Kirkus Reviews, retrace le parcours de ce musicien originaire de Chattanooga, dans le Tennessee, recruté au milieu des années 1960 pour rejoindre l'orchestre du « parrain de la soul ». À une époque où James Brown amorçait une transition musicale qu'il appelait lui-même « a brand-new bag », privilégiant les grooves à l'écriture de chansons, Stubblefield s'est imposé comme une pièce maîtresse de cette nouvelle direction.

Selon la biographe, Stubblefield était un phénomène polyrythmique. Son association avec le batteur John « Jabo » Starks, déjà présent dans le groupe, a fourni toute la propulsion nécessaire à cette musique en mutation. James Brown encourageait ses musiciens à explorer cet échange polyrythmique avant d'esquisser quelques paroles. C'est de ce processus que sont nés des titres comme « Cold Sweat », « I Got the Feelin' » et l'album « Sex Machine » dans son intégralité. Pourtant, Brown n'était guère enclin à partager les crédits ou les revenus, si bien que la contribution créative de ses musiciens est longtemps restée méconnue.

En six années passées au sein de la formation, Stubblefield a laissé une empreinte indélébile. Celle-ci s'est encore élargie avec l'essor du sampling dans le hip-hop, qui a rendu omniprésent son break tiré de « Funky Drummer ». Ce fragment de batterie est devenu l'un des plus samplés de l'histoire de la musique populaire, une reconnaissance tardive pour un musicien dont le nom était rarement cité à l'époque de ses collaborations avec James Brown.

Après avoir quitté Brown au début des années 1970, Stubblefield s'est installé à Madison, dans le Wisconsin. C'est là que D. Leah Steinberg, alors étudiante, est devenue une admiratrice fervente. « Je l'ai rencontré en entrant dans un petit bar presque vide, tard un soir, au milieu des années 1990, en plein hiver à Madison », écrit-elle. « De cette rencontre fortuite est née une amitié. Nous sommes restés en contact pendant des années, par intermittence, jusqu'à sa mort en 2017. »

Dans cette ville universitaire, Stubblefield a joué un rôle de mentor pour de nombreux musiciens. Le livre détaille l'exemple remarquable qu'il a constitué. Peu adepte des répétitions, il ne donnait pas de leçons, mais il était une leçon vivante pour tous ceux qu'il croisait, tant par sa manière de jouer que par son traitement des autres, à l'opposé du tyrannique James Brown. Le portrait, nourri d'un reportage à Chattanooga et d'entretiens avec d'anciens compagnons de scène et disciples de Stubblefield, gagne en chaleur et en profondeur.

L'ouvrage de Steinberg ne se contente pas de raconter une carrière. Il éclaire aussi la manière dont le groove de Stubblefield a influencé des générations de musiciens, bien au-delà de la soul et du funk. La biographie rend ainsi justice à un artiste dont l'apport créatif a longtemps été éclipsé par la figure de James Brown, tout en offrant un témoignage personnel sur une amitié née par hasard dans un bar de Madison.