Un fragment de forêt tropicale tempérée, l’un des derniers vestiges de ce milieu rare au Royaume-Uni, est désormais accessible aux campeurs. Après plusieurs années de travaux de conservation, les propriétaires du site ont ouvert un camping durable à proximité immédiate de cet écosystème fragile, sur la lisière orientale du Dartmoor, entre les villages de Lustleigh et Moretonhampstead, dans le Devon.
Le Wray Valley Camping propose des emplacements dits « presque sauvages », où les visiteurs peuvent planter leur tente au milieu d’une clairière bordée d’arbres et d’arbustes, face à la forêt. Le site a été conçu pour minimiser son impact sur l’environnement, tout en offrant une expérience immersive dans l’un des derniers refuges de la forêt atlantique britannique. Le brouillard qui enveloppe souvent la vallée rappelle les conditions particulières qui rendent ce milieu si précieux.
Également connues sous le nom de forêts atlantiques, les forêts tropicales tempérées dépendent d’une combinaison rare d’humidité élevée, de précipitations abondantes et de températures côtières constamment douces, modérées par la proximité de la mer. Ces forêts s’étendaient autrefois des Highlands occidentaux de l’Écosse jusqu’aux Cornouailles, couvrant environ 20 % du territoire du Royaume-Uni. Elles abritaient des lichens rares et des plantes délicates, dont certaines ne se rencontrent nulle part ailleurs.
Aujourd’hui, plus de 95 % de cette couverture forestière a disparu, victime de siècles de déforestation, de pâturage intensif et d’urbanisation. Le Devon, grâce à son humidité quasi permanente et à son exposition directe aux vents de l’Atlantique, demeure l’un des derniers bastions de cet habitat menacé. Les fragments qui subsistent sont considérés comme des joyaux écologiques, abritant une biodiversité unique au monde, notamment des mousses, des hépatiques et des lichens extrêmement sensibles à la pollution et aux variations climatiques.
L’ouverture de ce camping s’inscrit dans une démarche plus large de protection et de valorisation de ces forêts reliques. Les propriétaires du site, qui ont mené un long travail de restauration écologique avant d’accueillir le public, espèrent sensibiliser les visiteurs à la fragilité de ces écosystèmes. Le choix d’un modèle à faible impact, avec des emplacements limités et des infrastructures minimales, vise à concilier accès du public et préservation du milieu naturel.
Pour les amateurs de nature, l’expérience proposée est celle d’un séjour au plus près d’un paysage devenu rarissime en Europe. Le site permet d’observer la forêt dans son état le plus authentique, tout en soutenant un projet de conservation mené par des propriétaires privés. Cette initiative illustre une tendance croissante au Royaume-Uni : ouvrir au public des espaces naturels protégés, non pas malgré leur fragilité, mais précisément pour mieux les faire connaître et les préserver à long terme.