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Un authentique pavillon pirate du XVIIIe siècle exposé à Portsmouth

Le National Museum of the Royal Navy à Portsmouth conserve l'un des rares Jolly Roger authentiques au monde, capturé en 1790. Un témoignage matériel exceptionnel sur la signalisation et la terreur en mer.

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Le National Museum of the Royal Navy, à Portsmouth, en Angleterre, abrite l'un des très rares pavillons pirates authentiques encore conservés dans le monde. Ce Jolly Roger a été saisi en 1790 au large des côtes d'Afrique du Nord par l'amiral Richard Curry. Sa survie relève de l'exception : les pavillons pirates étaient des objets bon marché, jetables, jamais conçus pour durer au-delà d'une traversée, et encore moins deux siècles et demi.

Seuls deux ou trois pavillons pirates historiquement authentiques et préservés sont aujourd'hui largement connus dans le monde, dont celui de Portsmouth. Cette rareté explique pourquoi les historiens doivent l'essentiel de leurs connaissances sur le design des pavillons pirates à des sources indirectes : archives judiciaires et ouvrages comme A General History of the Pyrates, publié en 1724 par le capitaine Charles Johnson. Un exemplaire réellement conservé constitue donc l'une des rares pièces de preuve directe sur la manière dont les pirates communiquaient et semaient la terreur en mer.

L'imagerie populaire associe le pavillon pirate à un fond noir frappé d'une tête de mort blanche surmontant deux os croisés. Cette représentation n'était pourtant pas la seule norme. Les premiers Jolly Rogers étaient généralement teints en rouge sang. Ce choix chromatique était délibéré : il signifiait qu'aucune reddition ne serait acceptée si l'équipage visé ne se rendait pas immédiatement, l'alternative étant la mort plutôt que la capture. Même le motif de la tête de mort et des os croisés a une origine administrative : il était emprunté au symbole utilisé dans les journaux de bord des navires pour signaler un décès à bord.

L'histoire du pavillon ne s'arrête pas au XVIIIe siècle. À partir de la Première Guerre mondiale, les équipages de sous-marins de la Royal Navy ont adopté le Jolly Roger à leur tour. L'amiral Sir Arthur Wilson avait qualifié en 1914 la guerre sous-marine de pratique « déloyale », bonne tout au plus pour les pirates. Les sous-mariniers ont retourné l'insulte en signe de fierté, cousant à la main des symboles sur leurs propres pavillons pour consigner leurs patrouilles de guerre réussies.

Le Jolly Roger de Portsmouth incarne ainsi une double mémoire : celle des pirates du XVIIIe siècle et celle des équipages de sous-marins qui, un siècle plus tard, ont fait leur cet emblème. Sa présence dans les collections du musée permet de mesurer l'écart entre l'imaginaire collectif et la réalité matérielle d'une époque où le pavillon était un outil de communication immédiat, destiné à intimider avant le combat.