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Au Mexique, le parc Quetzalcóatl de Javier Senosiain célèbre l’architecture organique

À une heure de Mexico, le parc Quetzalcóatl de l’architecte Javier Senosiain déploie serpents de mosaïque, serre aux vitraux et amphithéâtres creusés dans la terre. Toujours en chantier depuis 2007, ce lieu encore fermé au public se visite sur réservation.

À une heure de Mexico, le parc Quetzalcóatl déploie ses courbes serpentines au cœur d’un paysage luxuriant. Imaginé par l’architecte mexicain Javier Senosiain Aguilar, ce jardin tentaculaire mêle mosaïques colorées, serre baignée de lumière et amphithéâtres creusés dans la terre. Lancé en 2007, le projet demeure un chantier permanent, mais ses espaces se visitent déjà sur réservation.

Le serpent, figure récurrente de l’œuvre de Senosiain, structure l’ensemble du parc. Une créature couleur crème, recouverte de mosaïque, forme une cascade qui domine les environs. Un amphithéâtre incurvé, des sentiers en zigzag et une sculpture topiaire évoquant un reptile à deux crocs complètent ce bestiaire végétal. Le choix de cet animal n’est pas anodin : Quetzalcóatl renvoie au serpent à plumes de la mythologie aztèque, dont le nom est aussi celui du parc.

Les formes organiques des constructions — où les plafonds se fondent dans les sols et les murs s’inclinent vers la terre — reposent sur une technique fréquemment employée par l’architecte : le ferro-ciment. Des tiges métalliques sont d’abord disposées comme un squelette, puis un treillis métallique dessine les volumes inclinés, enfin un mortier solidifie l’ensemble. Senosiain décrivait ce procédé en 2019 dans un entretien : « L’assemblage du ferro-ciment a commencé sur un gabarit qui ressemblait à une piste de skateboard, formant la coque avec un squelette métallique, dont les tiges étaient disposées en anneaux, la hauteur variant selon l’espace. Ensuite, les tiges ont été enroulées en spirale. À l’extrémité du cadre, deux cordes tressées ont été fixées, puis le béton a été projeté. »

Le parc n’est pas ouvert au public en 2026, mais les visiteurs peuvent réserver une visite guidée ou organiser un événement sur place. La Ferme, l’un des espaces habitables, a d’abord été conçue pour abriter des animaux domestiques. Nichée dans un monticule herbeux qui émerge du sol, elle sert désormais de cadre à des cocktails ou des dîners intimistes.

La serre du domaine offre, elle, un écrin technicolor à un jardin foisonnant. Son plan en spirale, une géométrie que Senosiain affectionne pour sa fréquence dans la nature, guide le visiteur à travers des allées courbes. Les sols en pierre et les plantes en fleurs y sont tachetés de reflets turquoise, rouges, jaunes, verts et bleus, projetés par un toit en vitraux. Au centre, une coupole de verre en tessellation coiffe un petit bassin circulaire, alimenté par un filet d’eau provenant d’une rigole inclinée décorée de mosaïques rouges.

Le parc Quetzalcóatl incarne la conviction de l’architecte selon laquelle l’habitat humain ne doit pas se couper de ses racines naturelles. « Les êtres humains ne doivent pas se détacher de leurs impulsions primaires, de leur être biologique. Ils doivent se souvenir qu’ils proviennent d’une source naturelle et que la recherche de leur maison ne peut être séparée de leurs racines ; c’est-à-dire qu’ils doivent éviter de créer un habitat contre nature », explique-t-il. Amphithéâtres, bassins et serre s’inscrivent ainsi dans le paysage plutôt que de s’y opposer.

Le parc n’est qu’une manifestation de l’univers ondulant et coloré de Senosiain. El Tiburón (Le Requin), construit en 1990, prolonge sa résidence privée d’une fenêtre vitrée incurvée évoquant la gueule du prédateur, face au parc national de Los Remedios. Non loin, El Nido de Quetzalcóatl déroule une structure sinueuse percée de fenêtres rondes et coiffée d’une tête de serpent ; ses dix appartements, dont certains sont réservables sur Airbnb, invitent à pénétrer dans l’univers onirique de l’architecte.

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