Le studio d'architecture d'intérieur londonien Holloway Li a signé le design du Locke London Canary Wharf, un hôtel-appartements situé dans le quartier d'affaires de l'est de Londres. Pour ce projet, les concepteurs ont choisi de puiser dans l'esthétique du début des années 1960, celle que l'on associe volontiers aux intérieurs sophistiqués de la série télévisée Mad Men, pour créer des espaces à la fois élégants et chaleureux.
Le résultat repose sur une palette de couleurs riches et saturées, des matériaux nobles et un soin particulier apporté aux détails. Loin de se contenter d'un pastiche rétro, Holloway Li a cherché à traduire l'esprit de cette décennie — une certaine idée du confort, du raffinement et de la mise en scène de soi — dans un vocabulaire contemporain adapté aux besoins d'une clientèle urbaine et internationale.
L'approche du studio est décrite comme cinématographique. Les volumes, les jeux de lumière et les transitions entre les espaces semblent avoir été pensés comme une succession de plans, donnant à la circulation dans l'hôtel une dimension narrative. Cette qualité scénographique distingue le projet des intérieurs standardisés que l'on trouve souvent dans les quartiers d'affaires, où la fonctionnalité prime sur l'atmosphère.
Canary Wharf, avec ses tours de verre et son urbanisme vertical, constitue un contexte particulier pour un tel exercice de style. Le quartier, longtemps critiqué pour son absence de vie culturelle et son caractère purement financier, s'est progressivement transformé en un lieu de résidence et de loisirs. L'arrivée d'un établissement comme le Locke, qui combine hébergement de courte et de longue durée, s'inscrit dans cette évolution.
Le choix du début des années 1960 n'est pas anodin. Cette période, marquée par une certaine confiance dans le design et par l'émergence d'une culture visuelle sophistiquée, continue d'inspirer les créateurs contemporains. Le mobilier, les textiles et les finitions de l'époque sont régulièrement réinterprétés, mais Holloway Li semble avoir voulu aller au-delà de la simple citation pour retrouver une ambiance, une manière d'habiter l'espace.
Les détails artisanaux occupent une place importante dans le projet. Plutôt que de s'appuyer uniquement sur des pièces de série, le studio a privilégié des éléments travaillés, des matières tactiles et des finitions soignées. Cette attention à la fabrication rejoint une tendance plus large dans l'hôtellerie haut de gamme, où l'authenticité et le savoir-faire sont devenus des arguments différenciants.
Le Locke London Canary Wharf rejoint ainsi une série d'ouvertures qui cherchent à ancrer les établissements dans une identité locale forte, tout en offrant le niveau de confort attendu par une clientèle d'affaires et de voyageurs longue durée. L'enjeu, pour les architectes d'intérieur, est de créer un lieu reconnaissable sans tomber dans la thématisation excessive.
Avec ce projet, Holloway Li confirme sa capacité à produire des intérieurs à forte personnalité, où la référence historique sert de point de départ plutôt que de fin en soi. Le studio s'inscrit dans une génération de créateurs britanniques qui revendiquent une approche narrative et sensorielle de l'espace, à rebours d'un minimalisme parfois jugé froid.
Pour les amateurs de design et les voyageurs attentifs à l'atmosphère des lieux qu'ils fréquentent, le Locke London Canary Wharf propose donc une expérience qui assume sa dimension esthétique. Reste à voir si cette formule, qui mise sur la mémoire visuelle d'une décennie révolue, trouvera son public dans un quartier en pleine mutation.