Marco Giordani, directeur général de ProSiebenSat.1 Media, veut faire du streaming paneuropéen la colonne vertébrale de la stratégie du groupe. S'exprimant lors des Munich Media Days, il a défendu l'idée d'une plateforme unique déployée dans les différents territoires européens où opère MediaForEurope (MFE), la société mère de ProSiebenSat.1 contrôlée par la famille Berlusconi.
Le dirigeant a présenté deux avantages principaux à ce projet : des coûts plus bas et une meilleure technologie. Selon lui, la mutualisation d'un service commun à plusieurs marchés permet de réduire les dépenses tout en améliorant les fondations techniques de la plateforme. Une logique de rationalisation qui tranche avec les stratégies d'expansion à tout prix menées ces dernières années par de nombreux acteurs du secteur.
Le choix de Munich pour exposer cette vision n'est pas anodin. Le rendez-vous allemand réunit les professionnels des médias et constitue une tribune naturelle pour un groupe dont le marché allemand reste le cœur de métier. En s'exprimant devant ce parterre, Giordani adresse un message à la fois à ses équipes, à ses partenaires et aux investisseurs : le streaming reste une priorité, mais il sera abordé avec davantage de discipline financière.
La formule employée par le patron de ProSiebenSat.1 résume l'inflexion : « Nous dépensons moins et obtenons une meilleure technologie. » Derrière la simplicité de la phrase se dessine un changement de modèle. Là où les plateformes ont longtemps rivalisé à coups de budgets de contenus toujours plus élevés, il s'agit désormais de tirer parti d'une infrastructure commune pour gagner en efficacité.
Le contexte européen rend cette approche particulièrement pertinente. Le marché du streaming s'est fragmenté entre de nombreux services, chacun devant amortir ses coûts sur des marchés nationaux parfois étroits. En regroupant plusieurs territoires sous une même plateforme, MFE espère atteindre une masse critique suffisante sans multiplier les investissements. La technologie partagée devient alors un levier de compétitivité autant qu'un outil de réduction des dépenses.
Reste que la mise en œuvre d'un service paneuropéen soulève des questions pratiques. Les habitudes de consommation, les langues et les réglementations varient d'un pays à l'autre, et l'articulation avec les offres locales existantes de ProSiebenSat.1 devra être précisée. Le groupe n'a pas détaillé de calendrier ni de périmètre définitif pour le lancement.
Pour ProSiebenSat.1, l'enjeu est aussi de trouver sa place face aux géants américains du streaming et aux grands groupes européens qui ont déjà engagé des rapprochements. La stratégie présentée par Marco Giordani mise moins sur la démesure que sur la cohérence industrielle : un seul service, une technologie commune et des coûts maîtrisés pour couvrir plusieurs marchés à la fois.