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Un message codé de la Première Guerre mondiale enfin déchiffré

Un modèle d'intelligence artificielle a percé un message allemand chiffré avec le système ADFGVX, envoyé le 27 novembre 1918, que les cryptanalystes français n'avaient jamais réussi à lire entièrement.

Un message allemand chiffré avec le système ADFGVX, intercepté à la fin de la Première Guerre mondiale, vient d'être déchiffré par un modèle d'intelligence artificielle. Le texte, resté énigmatique pendant plus d'un siècle, avait résisté aux cryptanalystes français de 1918, parmi lesquels Georges Painvin, l'homme qui avait pourtant brisé ce même code en pleine guerre.

Le message avait été envoyé le 27 novembre 1918, soit quelques jours après l'armistice. Il aurait été chiffré à l'aide du mot-clé TRUPPENVERSCHIEBUNG, un terme allemand signifiant « déplacement de troupes ». Or, ce mot-clé n'était censé être entré en service qu'en décembre 1918, selon les renseignements disponibles. Si le déchiffrement est exact, il révèle que l'armée allemande utilisait déjà cette clé plus tôt que prévu, un détail qui intéresse autant les historiens du renseignement que les spécialistes de la cryptographie.

Le contenu du message, rédigé en allemand, semble être un rapport sur les mouvements d'un navire britannique près de Sébastopol. La position du HMS Canterbury aux dates mentionnées correspond effectivement aux indications du texte déchiffré, ce qui renforce la crédibilité de la lecture proposée. Ce faisceau d'indices ne constitue toutefois pas une preuve définitive, et les historiens devront confronter cette traduction aux archives navales de l'époque.

Le système ADFGVX, apparu en 1918, doit son nom aux six lettres qu'il utilise : A, D, F, G, V et X. Ces lettres avaient été choisies parce que leurs signaux en code Morse étaient faciles à distinguer les uns des autres, ce qui limitait les erreurs de transmission. La première version, ADFGX, reposait sur une grille de 5 sur 5 contenant l'alphabet, avec les lettres I et J fusionnées. Quelques mois plus tard, la version ADFGVX a élargi cette grille à 6 sur 6 pour y intégrer toutes les lettres ainsi que les chiffres.

Le chiffrement se déroulait en deux étapes. Chaque lettre du message clair était d'abord remplacée par un couple de lettres indiquant sa ligne et sa colonne dans la grille, par exemple AF ou XG. Ces paires étaient ensuite disposées sous une clé de transposition, puis les colonnes étaient réordonnées selon l'ordre alphabétique de cette clé. Le message final était transmis colonne par colonne, ce qui rendait le déchiffrement particulièrement ardu sans machine.

Georges Painvin, figure centrale de la cryptanalyse française durant le conflit, aurait travaillé sur ce code jusqu'à en tomber malade. Il était parvenu à le briser en 1918, mais certains messages interceptés étaient demeurés incompréhensibles, faute de clé ou de temps. Le texte du 27 novembre 1918 faisait partie de ces reliquats.

Le déchiffrement récent a été réalisé par un modèle d'intelligence artificielle, GPT-6 Astra, dont les capacités à traiter des systèmes de chiffrement historiques suscitent l'intérêt. L'exercice ne se limite pas à une prouesse technique : il montre comment des outils contemporains peuvent rouvrir des dossiers que l'on croyait clos et apporter un éclairage nouveau sur des épisodes militaires déjà documentés.

Au-delà du cas particulier, cette affaire rappelle que la cryptographie accompagne l'histoire humaine depuis l'Antiquité. Les Romains utilisaient déjà des procédés de substitution, et chaque conflit majeur a vu naître ses propres méthodes de protection des communications. La Première Guerre mondiale n'a pas échappé à la règle, et ses codes continuent, plus d'un siècle après, de livrer leurs secrets.

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