Les réseaux maillés LoRa, popularisés par des projets open source comme Meshtastic et MeshCore, traversent une zone de turbulences réglementaires aux États-Unis. Leurs configurations radio par défaut, qui permettaient jusqu'ici à des milliers d'utilisateurs de communiquer sans licence ni matériel coûteux, pourraient contrevenir aux règles de la Federal Communications Commission (FCC) encadrant l'usage amateur de la bande ISM 900 MHz.
Le problème a été identifié pour la première fois en octobre dernier, dans un rapport publié sur le dépôt GitHub de MeshCore. Les réglages par défaut américains des deux projets semblaient incompatibles avec le paragraphe 2 de la sous-section (a) de la réglementation 15.247, qui impose une largeur de bande minimale de 500 kHz. Or MeshCore fonctionne par défaut à 62,5 kHz et Meshtastic à 250 kHz, bien en deçà du seuil exigé. La discussion qui s'en est suivie, forte de plusieurs centaines de messages et toujours active, illustre la difficulté à interpréter un texte réglementaire datant des années 1980.
Certains participants ont fait valoir que la sous-section (a) ne s'applique qu'aux émetteurs à saut de fréquence et à modulation numérique, ce qui exclurait les deux projets. D'autres ont estimé que ces règles ne visaient que les dispositifs à forte puissance de sortie. Faute de clarification officielle de la FCC, qui n'a jamais mentionné publiquement Meshtastic, MeshCore ni les réseaux maillés LoRa, les développeurs ont longtemps hésité à bouleverser leurs communautés.
La mise en conformité technique n'est pourtant pas insurmontable. Meshtastic a déjà introduit des changements : la dernière version alpha configure désormais les radios selon les normes de l'agence américaine. Mais cette correction crée un nouveau problème. Les nouvelles installations ne pourront plus communiquer avec le parc existant, qui reste configuré en mode hérité. La communauté se retrouve fracturée en strates distinctes selon la date de configuration du matériel, avec en prime les utilisateurs les plus réfractaires qui refuseront de migrer.
À Philadelphie, des opérateurs de réseau avaient déjà commencé à tester d'autres configurations, non pas pour des raisons réglementaires, mais parce que le mode par défaut de Meshtastic, le « Long Fast » à 250 kHz, n'a jamais été conçu pour des centaines de radios en milieu urbain. Le mode « Long Turbo », qui utilise une bande de 500 kHz, figurait parmi les candidats testés cet été. Les résultats, largement cités depuis, se sont révélés décevants. Des bugs jusqu'alors inconnus ont été découverts, et certains matériels se sont montrés incapables de fonctionner correctement à 500 kHz.
Mais le principal obstacle reste l'interférence. Dans un environnement urbain dense comme Philadelphie, la bande ISM est saturée par d'autres appareils. Les tests ont montré que Meshtastic à 500 kHz était particulièrement vulnérable à ce brouillage électromagnétique. Les opérateurs supposent que la bande plus étroite du mode par défaut lui permettait de se glisser entre les interférences, tandis que la bande élargie augmente les risques de collision avec d'autres transmissions.
La situation place les communautés LoRa face à un dilemme : conserver des réglages performants en ville mais potentiellement non conformes, ou adopter une configuration légale au prix d'une compatibilité rompue et d'une efficacité réduite. Pour un écosystème reposant sur l'accessibilité et la simplicité, l'onde de choc pourrait redessiner durablement le paysage des réseaux maillés américains.