Werner Herzog renoue avec le cinéma de fiction. Avec « Bucking Fastard », le réalisateur allemand signe un retour très attendu sur la scène internationale, présenté lors de la Mostra de Venise. Le film met en scène Rooney et Kate Mara, deux actrices qui, selon les premières critiques, parlent et se déplacent à l'unisson, créant une chorégraphie verbale et physique aussi singulière que troublante.
Ce nouveau long-métrage s'inscrit dans une réflexion plus large sur l'utopie, un thème que Herzog n'a cessé d'explorer tout au long de sa carrière. Dans « Bucking Fastard », cette quête prend la forme d'une expérience immersive où le langage devient le vecteur d'une possible communion. Les deux sœurs à l'écran, interprétées par Rooney et Kate Mara, incarnent cette tentative de fusion, où chaque mot, chaque geste semble obéir à une même pulsation intérieure.
La Mostra de Venise offre cette année un terrain de dialogue inattendu entre deux cinéastes que tout oppose en apparence. Aux côtés de Herzog, Gianni Amelio présente « Nessun dolore », une œuvre qui poursuit, selon les observateurs, un rêve similaire avec des résultats très différents. Cette confrontation met en lumière deux approches du cinéma : l'une, chez l'Italien, ancrée dans une douleur intime et sociale ; l'autre, chez l'Allemand, tournée vers une démesure presque métaphysique.
Pour Herzog, ce retour à la fiction marque une étape importante après une décennie consacrée en grande partie au documentaire. Le cinéaste de « Fitzcarraldo » et « Aguirre, la colère de Dieu » n'a jamais cessé de repousser les limites du récit, mais « Bucking Fastard » semble concentrer son goût pour l'expérience limite et la question de la croyance. Le film interroge notre capacité à partager une vision commune, à construire un monde habitable à deux, ou à plusieurs, malgré les fractures du réel.
Le choix de Rooney et Kate Mara n'est pas anodin. Les deux actrices, connues pour leur intensité, apportent une physicalité rare à ce duo fusionnel. Leur jeu synchrone, presque hypnotique, donne au film une dimension performative qui dépasse la simple narration. Herzog, fidèle à sa méthode, aurait poussé ses interprètes dans des zones d'inconfort pour atteindre cette précision quasi chorégraphique, brouillant les frontières entre l'acteur et le personnage.
La critique italienne, qui a pu voir le film en avant-première, salue un retour en force, tout en notant la difficulté de l'entreprise. « Bucking Fastard » ne se laisse pas apprivoiser facilement. Le film exige du spectateur une adhésion totale à son univers, une immersion dans ce langage commun que les personnages tentent de faire advenir. C'est peut-être là toute l'utopie herzogienne : croire que le cinéma peut encore créer des ponts, des passerelles entre les êtres, même lorsque tout semble les séparer.
Avec ce nouveau film, Werner Herzog prouve une fois encore que sa filmographie est un territoire sans cesse en mouvement, où la fiction et le documentaire, le réel et le rêve, ne cessent de se répondre. « Bucking Fastard » s'annonce comme une œuvre majeure de cette Mostra, un rendez-vous avec un cinéaste qui, à 82 ans, continue de filmer comme si tout restait à inventer.