Les gouvernements britannique, français, italien et allemand ont uni leurs voix, jeudi 20 août, pour demander à Israël de « mettre fin à l’expansion des colonies » en Cisjordanie occupée. Dans une déclaration commune, les chefs de la diplomatie des quatre pays expriment leur profonde inquiétude face à l’avancement du projet de colonisation East 1, situé à proximité immédiate de Jérusalem, et appellent le gouvernement israélien à faire marche arrière.
Cette prise de position coordonnée intervient alors que le projet East 1 menace directement le village bédouin palestinien de Khan Al-Ahmar. Ce village, qui compte plusieurs centaines d’habitants, est installé sur des terres convoitées par les promoteurs du projet de colonisation. Sa démolition, régulièrement évoquée par les autorités israéliennes, est perçue par les organisations de défense des droits humains comme un test décisif pour le droit international et le droit à la propriété des populations palestiniennes.
Dans leur texte, les quatre puissances européennes soulignent que la poursuite de la colonisation sape les perspectives d’une solution à deux États, seule issue négociée qu’elles jugent viable pour garantir la paix et la sécurité des Israéliens comme des Palestiniens. Elles rappellent que les colonies de peuplement sont illégales au regard du droit international et constituent un obstacle majeur à tout règlement durable du conflit.
La déclaration commune de Londres, Paris, Rome et Berlin marque une escalade dans la pression diplomatique européenne sur le dossier. Jusqu’ici, les critiques européennes s’exprimaient principalement par des communiqués nationaux ou des résolutions de l’Union européenne, souvent sans effet concret sur le terrain. Cette initiative quadripartite, qui réunit les poids lourds diplomatiques du continent, envoie un signal politique fort à quelques semaines de la reprise des discussions internationales sur le processus de paix.
Le projet East 1, dont la mise en œuvre est réclamée par les franges les plus radicales de la coalition gouvernementale israélienne, prévoit la construction de plusieurs milliers de logements dans une zone stratégique située entre Jérusalem et la vallée du Jourdain. Sa réalisation aurait pour conséquence de couper la Cisjordanie en deux et de rendre impossible la continuité territoriale d’un futur État palestinien. Les observateurs estiment que ce projet est l’un des plus sensibles de la région, car il modifierait durablement la géographie politique de Jérusalem-Est et de ses environs.
Le village de Khan Al-Ahmar est devenu un symbole de la résistance palestinienne à la colonisation. Sa population vit dans des conditions précaires, sans accès aux services de base, et fait face à un risque constant d’expulsion. Les tribunaux israéliens ont déjà validé les ordres de démolition, mais des recours et des pressions internationales ont jusqu’à présent retardé leur exécution. La communauté internationale, y compris les États-Unis, avait précédemment demandé à Israël de renoncer à cette démolition, sans succès.
La réponse israélienne à cette nouvelle pression européenne n’a pas tardé. Les autorités ont réaffirmé leur droit à développer des implantations en Cisjordanie, qu’elles considèrent comme un territoire disputé et non comme un territoire occupé. Le gouvernement de Benyamin Nétanyahou a déjà fait savoir par le passé qu’il ne céderait pas aux injonctions étrangères sur ce dossier, qu’il présente comme une question de sécurité nationale et de souveraineté historique.
Cette confrontation diplomatique intervient dans un contexte régional déjà très tendu. Les violences en Cisjordanie se sont intensifiées ces derniers mois, avec une augmentation des opérations militaires israéliennes et des attaques palestiniennes. La question des colonies reste l’un des principaux points de blocage dans les relations entre Israël et ses partenaires européens, qui financent par ailleurs de nombreux projets de développement dans les territoires palestiniens.
Les quatre pays européens n’ont pas précisé les mesures qu’ils pourraient prendre si Israël ignorait leur appel. Mais des sources diplomatiques évoquent la possibilité de sanctions ciblées ou de mesures restrictives à l’encontre des responsables du projet de colonisation. L’Union européenne dispose en effet d’instruments juridiques lui permettant de pénaliser les entreprises ou les individus impliqués dans des activités de colonisation en territoire occupé.
La déclaration de jeudi constitue un avertissement clair adressé au gouvernement israélien, alors que la communauté internationale observe avec attention l’évolution du projet East 1 et le sort réservé aux habitants de Khan Al-Ahmar. La détermination des quatre capitales européennes à agir de concert sur ce dossier pourrait marquer un tournant dans la politique européenne au Proche-Orient, longtemps critiquée pour son manque de cohérence et d’efficacité.