L'Italie abrite la plus grande toile peinte du monde, mais le titre est disputé entre deux villes. D'un côté, le célèbre telero de l'église San Pantalon à Venise, chef-d'œuvre baroque de Giovanni Antonio Fumiani. De l'autre, une œuvre monumentale de 720 mètres carrés qui orne le plafond d'un ancien couvent à Padoue. Les deux prétendent au record, et la querelle enflamme les amateurs d'art de la Vénétie.
Le telero de San Pantalon, peint entre 1680 et 1704, couvre environ 700 mètres carrés. Il représente le martyre et la gloire de saint Pantaléon, et il est considéré comme l'une des plus grandes peintures sur toile jamais réalisées. L'œuvre de Fumiani, qui a nécessité plus de vingt ans de travail, est un exemple éclatant du trompe-l'œil baroque : les figures semblent flotter au-dessus des fidèles, créant une illusion de voûte céleste.
À Padoue, la toile de 720 mètres carrés se trouve dans l'ancien couvent de Santa Maria in Vanzo, aujourd'hui siège de la faculté de sciences politiques. Réalisée au XVIIIe siècle par un artiste resté anonyme, elle décore le plafond de la grande salle, autrefois réfectoire des moines. Sa superficie dépasse légèrement celle de Venise, ce qui lui vaudrait le titre officiel si l'on s'en tient aux seules mesures.
La confusion vient des critères de calcul. Les partisans de Venise incluent les surfaces latérales et les retombées de la voûte, tandis que ceux de Padoue ne comptent que la surface plane du plafond. Selon les experts, la question reste ouverte, car aucune mesure officielle n'a été réalisée par un organisme reconnu comme le Guinness World Records. Le débat, loin d'être anecdotique, touche à la définition même de ce qu'est une toile peinte : s'agit-il d'une œuvre unique ou d'un ensemble de panneaux assemblés ?
À San Pantalon, la toile est en effet composée de plusieurs lés de lin cousus entre eux, peints à l'huile directement sur le support. À Padoue, la technique est similaire, mais les panneaux sont plus grands et moins nombreux. Les historiens de l'art rappellent que les deux œuvres sont des exemples remarquables de la peinture monumentale italienne, qui a su transformer les plafonds des églises et des palais en spectacles célestes.
Au-delà de la rivalité, ces deux toiles témoignent de l'audace des artistes de la période baroque et de la fin de la Renaissance, qui ont repoussé les limites techniques de la peinture. Leur conservation pose d'ailleurs des défis considérables : le poids de la toile, la fragilité des pigments et l'humidité des édifices historiques exigent des restaurations régulières et coûteuses.
Pour les visiteurs, la question du record importe moins que l'émotion ressentie face à ces fresques suspendues. Que l'on se rende à Venise ou à Padoue, on est saisi par l'ampleur du geste artistique et par la maîtrise des peintres qui ont osé défier les lois de la perspective et de la gravité. Les deux villes, fières de leur patrimoine, continuent de revendiquer la première place, laissant aux spécialistes le soin de trancher un débat qui, au fond, célèbre la grandeur de l'art italien.