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Le firmware ESP32 transforme la puce en radio logicielle émettrice

Une semaine après la mise en ligne de deux projets permettant l'écoute des signaux 2,4 GHz sur ESP32, le développeur Murmel publie un firmware capable d'émettre, ouvrant la voie à des applications de radio logicielle à bas coût.

La radio logicielle sur microcontrôleur franchit une nouvelle étape. Une semaine seulement après la publication de deux projets indépendants permettant d'accéder aux échantillons bruts de la radio 2,4 GHz intégrée à de nombreuses variantes d'ESP32, un développeur connu sous le pseudonyme de Murmel a mis en ligne un firmware expérimental capable non plus seulement de recevoir, mais aussi d'émettre des signaux. La démonstration, réalisée avec le logiciel gqrx, marque un tournant pour cette plateforme jusqu'ici limitée à l'écoute passive.

Le projet initial, porté par l'équipe Espargos, avait transformé l'ESP32 en récepteur radio logicielle à moindre coût. Cette première avancée avait déjà suscité l'intérêt de la communauté des radioamateurs et des développeurs embarqués, séduits par la perspective d'un outil d'analyse spectrale accessible pour quelques euros. La limite était toutefois claire : sans émission, impossible d'aller au-delà de l'observation des signaux environnants.

Murmel a comblé cette lacune en quelques jours. Son firmware, encore à un stade très précoce, permet à l'ESP32 d'émettre dans la bande des 2,4 GHz. Pour illustrer le fonctionnement de son prototype, il a établi une communication entre deux modules, un ESP32-S3 et un ESP32-C6, en utilisant un mode de modulation Hellschreiber de sa propre conception. Ce mode, historiquement utilisé en télégraphie, transmet du texte sous forme d'images point par point, une méthode robuste et économe en bande passante.

Le développeur ne s'arrête pas là. Il travaille actuellement sur la modulation 802.15.4, le standard qui sous-tend notamment ZigBee. À terme, cette évolution pourrait permettre à un ESP32 de dialoguer directement avec des réseaux domotiques utilisant ce protocole, sans module radio supplémentaire. Une perspective qui intéressera autant les amateurs de maison connectée que les chercheurs en sécurité des objets connectés.

Les expérimentations restent pour l'instant confinées à la bande des 2,4 GHz, celle pour laquelle les filtres et l'antenne des ESP32 sont conçus. L'API d'Espressif, le fabricant des puces, suggère toutefois que les radios pourraient descendre jusqu'à 100 MHz. Murmel lui-même se montre prudent sur ce point : rien ne garantit que les filtres soient accordés pour rendre une telle plage réellement exploitable. La couverture basse fréquence demeure donc hypothétique.

Cette annonce s'inscrit dans un mouvement plus large d'appropriation de la radio logicielle par les makers. L'arrivée du RTL-SDR, un dongle de réception à bas prix, avait déjà déclenché une vague d'expérimentations et démocratisé l'analyse des ondes. Avec l'ESP32, c'est un pas supplémentaire : la radio logicielle ne se contente plus de recevoir, elle émet, et le tout tient sur une puce à quelques euros.

Les implications pratiques sont multiples. Un émetteur-récepteur programmable à bas coût ouvre la porte à des projets de balises, de capteurs communicants, de tests de protocoles ou d'études de propagation. Il pose aussi des questions de conformité réglementaire, l'émission sur bandes libres étant soumise à des limites de puissance et à des restrictions d'usage selon les pays.

Le firmware de Murmel n'en est qu'à ses débuts. Son code, publié en version préliminaire, devrait évoluer rapidement au gré des contributions de la communauté. Pour l'instant, la démonstration entre un S3 et un C6 suffit à établir la faisabilité. La suite dépendra de l'intérêt des développeurs et de la capacité à stabiliser les bibliothèques logicielles.

Reste à savoir si cette dynamique donnera naissance à un écosystème comparable à celui du RTL-SDR. Les premiers projets sur ESP32 avaient mis moins d'une semaine à être complétés par une fonction d'émission. Si le rythme se maintient, la radio logicielle embarquée pourrait rapidement devenir un outil courant dans les ateliers et les laboratoires amateurs.