Wireva

« My Undesirable Friends » : la suite du documentaire sur la liberté de la presse en Russie présentée à Venise

La réalisatrice Julia Loktev présente à Venise la suite de son documentaire « My Undesirable Friends », qui retrace la répression des médias indépendants en Russie. Elle y voit un avertissement pour les démocraties occidentales.

La réalisatrice Julia Loktev a présenté hors compétition, dans la section Venice Open de la Mostra de Venise, la suite de son documentaire « My Undesirable Friends », consacré à la mort de la liberté de la presse en Russie. Après une première partie saluée par l’industrie et présélectionnée aux Oscars, ce nouvel opus poursuit le récit des derniers souffles du journalisme indépendant sous le régime de Vladimir Poutine.

Le premier volet, intitulé « Part 1 — Last Air In Moscow », avait été tourné en temps réel, captant les ultimes moments de respiration d’une presse libre avant son étouffement systématique. La suite, dont les détails de production restent encore largement confidentiels, semble élargir la focale : la cinéaste y établit un parallèle explicite entre la répression russe et les menaces qui pèsent sur les médias aux États-Unis.

Dans ses déclarations rapportées depuis Venise, Julia Loktev estime que la stratégie du Kremlin contre les journalistes indépendants constitue un « avertissement » pour les démocraties occidentales. La réalisatrice, qui a elle-même dû quitter la Russie, documente depuis l’exil les mécanismes de censure, les procès intentés aux correspondants étrangers et la criminalisation progressive de l’information non contrôlée par l’État.

Le film s’inscrit dans une actualité brûlante : plusieurs médias russes indépendants ont été contraints de cesser leurs activités ou de transférer leurs rédactions à l’étranger depuis le début de la guerre en Ukraine. Les correspondants de presse encore présents à Moscou opèrent sous une pression constante, entre lois restrictives sur les « fausses informations » et poursuites pénales pour « discrédit » des forces armées.

Le choix de Venise pour cette première mondiale n’est pas anodin. La Mostra, qui a toujours accordé une place importante au cinéma politique et engagé, offre une vitrine internationale à un documentaire dont le propos dépasse largement le cadre russe. Julia Loktev y voit un espace de dialogue nécessaire sur la fragilité des institutions démocratiques et le rôle crucial d’une presse indépendante.

La réalisatrice, connue pour son approche immersive et son refus des compromis formels, a construit son œuvre comme un témoignage à la première personne. Elle mêle images d’archives, séquences filmées clandestinement et entretiens avec des journalistes russes contraints à l’exil ou au silence. Le résultat, selon les premiers échos de la Mostra, serait d’une intensité rare, prolongeant la tension narrative du premier volet tout en ouvrant des perspectives plus larges sur l’avenir du journalisme.

Cette présentation vénitienne intervient alors que le débat sur la protection des sources et l’indépendance éditoriale connaît un regain d’actualité dans plusieurs pays occidentaux. Pour Julia Loktev, la situation russe ne doit pas être perçue comme une exception, mais comme un cas d’école des méthodes autoritaires qui pourraient, sous d’autres formes, s’exporter ailleurs.

Le documentaire n’a pas encore de date de sortie commerciale annoncée, mais sa présence à Venise devrait lui ouvrir les portes des festivals d’automne et d’un circuit de distribution international. La présélection aux Oscars du premier volet avait déjà démontré l’intérêt du public et des professionnels pour ce travail de mémoire et de résistance.