À 30 ans, Paul aimerait vivre sa vie amoureuse sans avoir à surveiller son compte bancaire. Pourtant, le coût de la vie pèse sur ses relations au point de lui donner l'impression qu'il ne gagne pas assez d'argent pour être en couple. Un sentiment qui dépasse largement la question de savoir qui doit payer l'addition au premier rendez-vous.
Car rencontrer quelqu'un implique souvent des dépenses : les verres en terrasse, les restaurants, les sorties du week-end et parfois les déplacements pour rejoindre l'autre. À cela s'ajoute une pression moins visible, celle de devoir montrer que l'on peut offrir une certaine qualité de vie à son partenaire. Alors que les applications de rencontres multiplient les possibilités, certains célibataires ont paradoxalement le sentiment de ne pas disposer des moyens nécessaires pour en profiter.
Les chiffres confirment cette tendance. Selon le Body+Soul Sex Census 2026, 56 % des Australiens interrogés estiment que le coût de la vie affecte leur vie sexuelle ou amoureuse. Plus préoccupant encore, 21 % des personnes interrogées déclarent que le coût de la vie les fait se sentir moins attirantes ou moins confiantes. Un résultat qui rappelle que les difficultés financières peuvent toucher des dimensions très personnelles de notre identité.
L'argent n'est pas seulement une question de pouvoir d'achat. Il influence aussi la manière dont nous nous percevons et dont nous pensons être perçus par les autres. Lorsqu'on peine à payer ses factures ou à mettre de l'argent de côté, il devient parfois difficile d'imaginer pouvoir séduire quelqu'un. On peut alors repousser les rencontres, refuser certaines invitations ou craindre de ne pas correspondre aux attentes d'un partenaire potentiel.
Cette pression peut être particulièrement présente chez les hommes, encore souvent associés au rôle de celui qui invite et prend en charge les dépenses. Paul reconnaît avoir déjà annulé des rendez-vous faute de moyens. Il aimerait pouvoir inviter une femme dans un bon restaurant, offrir des cocktails et ne pas compter, mais ces dépenses représentent un budget important. Il n'envisage pourtant pas vraiment de proposer de partager l'addition, tant l'habitude sociale reste ancrée.
Le phénomène n'est pas isolé. Dans un contexte d'inflation persistante et de hausse des prix dans les secteurs des loisirs et de la restauration, les sorties amoureuses deviennent un poste de dépense que certains arbitrent au détriment de leur vie sentimentale. Les applications de rencontres, qui promettent de faciliter les échanges, ne font pas baisser le coût des rendez-vous réels. Elles peuvent même accentuer la comparaison sociale et le sentiment de ne pas être à la hauteur.
Pour Paul, la question financière s'entremêle à une question d'estime de soi. Il ne s'agit pas seulement de pouvoir payer un dîner, mais de se sentir légitime à prétendre à une relation. Cette dimension psychologique est souvent négligée dans les débats sur le pouvoir d'achat, alors qu'elle pèse sur les choix intimes et sur la santé mentale des célibataires.
Les spécialistes des relations humaines rappellent que la confiance en soi ne se mesure pas au montant d'une addition. Mais tant que les normes sociales continueront d'associer séduction et capacité à offrir, des personnes comme Paul continueront de mettre leur vie amoureuse entre parenthèses. Un enjeu de société qui dépasse la simple question du budget.