Tim Curry a passé sa carrière à changer de peau sans jamais perdre sa présence. Il pouvait apparaître en corset sous les traits du Dr Frank-N-Furter, transformer un clown en cauchemar dans « Ça » ou prêter sa voix à des personnages que des millions de spectateurs ne reliaient pas immédiatement à son visage. L’acteur britannique est mort à 80 ans. TMZ a annoncé son décès mercredi, avant que People et d’autres médias américains ne relaient l’information.
Sa célébrité reste indissociable de « The Rocky Horror Picture Show », mais réduire Curry à ce film serait oublier ce qu’il y a précisément de remarquable dans son parcours : la liberté de ne jamais se laisser enfermer dans une seule image.
Il avait commencé professionnellement à la fin des années 1960 et participa en 1968 à la production londonienne de « Hair ». En 1973, il créa sur scène le rôle de Frank-N-Furter dans « The Rocky Horror Show ». Deux ans plus tard, il reprit le personnage dans le film de Jim Sharman.
Frank-N-Furter était une apparition spectaculaire : maquillage appuyé, corset, bas résille, voix théâtrale et assurance absolue. Le personnage brouillait les codes de genre, de désir et de respectabilité avec une énergie qui pouvait sembler provocatrice dans les années 1970 et qui reste aujourd’hui l’une des images les plus célèbres du cinéma culte.
Le film connut une vie particulière. Il ne devint pas un classique par un triomphe immédiat au box-office, mais grâce aux projections de minuit. Des spectateurs vinrent déguisés, récitèrent les dialogues et transformèrent la salle en espace de participation. Pour beaucoup, « Rocky Horror » est devenu un lieu où l’on pouvait expérimenter une autre manière d’être vu, de jouer avec son apparence et de trouver une communauté.
Curry poursuivit pourtant sa route dans des directions très différentes. Il fut Rooster Hannigan dans « Annie », le majordome Wadsworth dans « Clue » et le concierge de l’hôtel Plaza dans « Home Alone 2: Lost in New York ». Il apparut aussi dans « The Hunt for Red October », « Muppet Treasure Island » et « Scary Movie 2 ».
En 1990, la mini-série télévisée « It », adaptée du roman de Stephen King, lui offrit un autre rôle devenu emblématique. Son Pennywise n’avait rien de la séduction flamboyante de Frank-N-Furter. Pourtant, les deux personnages reposaient sur la même maîtrise de la transformation. Curry savait rendre un sourire trop long, une voix trop douce ou un regard trop fixe suffisamment étrange pour changer l’atmosphère d’une scène.
La voix fut d’ailleurs une seconde carrière. Curry travailla abondamment dans l’animation et reçut un Daytime Emmy pour « Peter Pan and the Pirates ». Il participa également à des jeux vidéo, incarnant le Premier ministre Anatoly Cherdenko dans « Command & Conquer: Red Alert 3 » et Arl Rendon Howe dans « Dragon Age: Origins ».
Cette capacité à voyager entre les médias a permis à son travail d’atteindre des générations très différentes. Certaines l’ont découvert dans une salle de cinéma de minuit, d’autres devant la télévision, d’autres encore avec une manette entre les mains.
En 2012, un grave accident vasculaire cérébral le laissa partiellement paralysé. Il dut réapprendre à parler et limita ensuite ses apparitions publiques, sans renoncer totalement au travail. Il continua à participer à certains projets vocaux et à rencontrer ses admirateurs. En 2025, il publia « Vagabond », ses mémoires.
Sa carrière de scène lui valut trois nominations aux Tony Awards et deux aux Olivier Awards. Ces distinctions rappellent que derrière les images cultes se trouvait un acteur formé au théâtre, attentif au rythme, à la voix et à la présence physique.
Tim Curry laisse des personnages flamboyants, drôles et parfois terrifiants, mais aussi une idée plus intime de la liberté artistique : celle de ne pas avoir à choisir entre élégance et excès, sérieux et jeu, beauté et étrangeté. Ses rôles continuent de parler à ceux qui se reconnaissent précisément dans ce qui ne rentre pas facilement dans une case.