La victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt est massive, mais elle ne suffit pas à lui donner seule le contrôle du Land. Selon le résultat officiel provisoire, le parti obtient 43,8% des secondes voix et 39 des 83 sièges du parlement régional. La majorité absolue est fixée à 42 sièges : il lui en manque donc trois.
Le petit groupe du BSW, l’Alliance Sahra Wagenknecht, se retrouve ainsi au centre du jeu. Avec 5,3% des voix, le parti décroche cinq mandats. Additionnés aux 39 sièges de l’AfD, ils donnent 44 voix, soit une majorité arithmétique. Il n’existe toutefois pas encore de coalition entre les deux formations, et cette nuance déterminera la suite des négociations.
Avant le scrutin, la tête de liste du BSW Claudia Wittig avait refusé le principe d’une exclusion automatique de l’AfD. Elle estimait qu’un parti soutenu par environ 40% des électeurs ne pouvait pas être simplement ignoré. Le BSW défendait parallèlement l’idée d’un ministre-président sans étiquette et de majorités variables selon les textes, un modèle qui permettrait des coopérations ponctuelles sans accord de coalition classique.
Les autres combinaisons sont difficiles. La CDU, qui dirigeait jusque-là le gouvernement régional, tombe à 17,2% et 15 sièges. Le SPD obtient 9,3%, les Verts 8,9% et Die Linke 8,6%; chacun de ces trois partis dispose de huit élus. Une alliance CDU-SPD-Verts ne totalise que 31 sièges et devrait donc trouver d’autres partenaires pour atteindre 42.
La question dépasse la seule politique régionale parce que l’AfD et le BSW partagent une opposition nette à la poursuite des livraisons d’armes allemandes à l’Ukraine. La direction fédérale de l’AfD réclame l’arrêt de toute aide militaire. Le programme du parti défend également la levée des sanctions de l’Union européenne contre la Russie et un élargissement des relations économiques avec Moscou.
Le BSW formule sa position différemment mais demande lui aussi l’arrêt des livraisons d’armes, un cessez-le-feu et des négociations avec la Russie. Son programme en Saxe-Anhalt met l’accent sur la diplomatie, critique la militarisation et souhaite reprendre des discussions énergétiques avec Moscou. L’identité des deux programmes n’est donc pas complète, mais leur convergence sur l’Ukraine constitue un terrain politique concret.
Un gouvernement régional ne pourrait pas, à lui seul, interrompre l’aide militaire allemande. Celle-ci relève du gouvernement fédéral, qui a confirmé cet été la poursuite du soutien militaire, financier et humanitaire à l’Ukraine ainsi que la pression par les sanctions contre la Russie. L’enjeu immédiat est donc moins juridique que politique : une éventuelle coopération AfD-BSW donnerait une nouvelle base institutionnelle aux forces qui demandent un changement de cap à Berlin.
La participation de 77,8% renforce encore la portée du résultat. L’AfD a gagné 23 points par rapport à 2021, tandis que la CDU a subi un recul spectaculaire. Le débat allemand ne porte plus seulement sur la capacité des partis traditionnels à contenir l’AfD, mais sur la possibilité qu’un partenaire plus petit lui ouvre l’accès au pouvoir exécutif.
Les prochains jours seront dominés par les discussions sur l’élection du ministre-président et la formation d’une majorité. Les cinq élus du BSW peuvent choisir de rester autonomes, de soutenir certaines propositions ou d’aider l’AfD à franchir le seuil des 42 voix. Ce choix dira si le résultat de Saxe-Anhalt reste un choc électoral ou devient un précédent de gouvernement.