Sur la Plaza de Cibeles, à Madrid, face au Palacio de Cibeles, une structure d'un noir mat vient rompre avec l'architecture classique de la place. L'artiste SpY y a installé « PANOPTICON », un triangle équilatéral de 20 mètres de côté dont l'objectif est de placer le public face à la question de la surveillance dans la ville. La forme géométrique, sombre et massive, contraste avec les pierres claires des bâtiments qui encadrent le site et se détache nettement du paysage urbain habituel.
Le dispositif se présente comme une cloison opaque qui empêche toute vue panoramique sur la rue. Le long du périmètre, des ouvertures permettent toutefois aux visiteurs de regarder à l'intérieur. Derrière chacune d'elles se trouve un écran de contrôle, alimenté par des caméras de vidéosurveillance fixées au sommet de la structure. Les images diffusées montrent, en direct et de façon fragmentée, la circulation, les piétons et les façades des bâtiments alentour. Celui qui se penche à l'ouverture regarde donc, sur un écran, l'espace public qui l'entoure, tel qu'un dispositif de surveillance le capte. Le visiteur se retrouve ainsi spectateur d'une scène dont il fait lui-même partie, sans en avoir pleinement conscience au premier regard.
Le projet s'inspire du modèle du panoptique imaginé par le philosophe et juriste Jeremy Bentham à la fin du XVIIIe siècle, une architecture de surveillance où un observateur peut voir sans être vu. Bentham concevait cette structure circulaire pour les prisons, les hôpitaux et les écoles, avec un gardien placé au centre pouvant observer tous les occupants sans être visible. SpY transpose cette logique dans la ville contemporaine, où la caméra est devenue une présence ordinaire et souvent invisible. L'installation interroge ainsi la médiation du regard par la caméra et la question de l'intimité du public dans l'espace urbain, en plaçant le spectateur dans la position inverse de celle qu'il occupe habituellement : celle de la personne observée.
Le choix de la Plaza de Cibeles n'est pas anodin. La place, lieu de passage et de rassemblement dans le centre de Madrid, accueille quotidiennement une circulation dense et une foule diverse, ce qui permet au dispositif de capter des scènes très variées. Les images fragmentées renvoyées par les écrans montrent ainsi des fragments de la vie urbaine ordinaire, sans récit ni montage, comme le ferait un système de vidéosurveillance réel. Cette neutralité brute renforce le malaise du dispositif : rien n'est mis en scène, tout est simplement capté puis restitué.
Les photographies de l'installation, créditées à Ruben PBescos, ont été publiées par le site designboom, qui les a reçues dans le cadre d'une rubrique consacrée aux projets soumis par des lecteurs. Le projet apparaît ainsi d'abord comme une réalisation partagée avec un public élargi, avant même d'être documentée par la presse spécialisée. Plusieurs points demeurent en revanche inconnus : la durée pendant laquelle le triangle restera en place, les organisateurs du projet, ses éventuels partenaires et les autorisations obtenues auprès de la municipalité n'ont pas été précisés dans les éléments disponibles.