Une remise de prix télévisée se résume facilement à quelques visages, quelques robes et quelques discours. Les deux premières soirées des Emmy 2026 racontent une histoire différente : celle de la fabrication de la télévision, de ses images, de ses décors, de son son et de son rythme.
Les 5 et 6 septembre, le Peacock Theater de Los Angeles a accueilli les catégories longtemps regroupées sous l’appellation Creative Arts Emmys. La Television Academy inscrit désormais ces rendez-vous dans une séquence de trois soirées des 78e Emmy Awards, qui s’achèvera le 14 septembre avec la cérémonie en direct sur NBC et Peacock.
Le palmarès du week-end montre à quel point une œuvre télévisuelle est collective. « Widow’s Bay », la production la plus récompensée des deux premières soirées, a remporté huit Emmy. Ses victoires couvrent le casting, la direction artistique, la photographie, le son et la musique. Betty Gilpin y a ajouté le prix de la meilleure actrice invitée dans une comédie.
Cette dispersion des récompenses n’est pas anecdotique. Elle indique qu’une série a convaincu des professionnels qui la regardent depuis des métiers différents. L’un juge la lumière et le cadre, l’autre l’espace construit, le son ou la manière dont une distribution a été composée. À quelques jours des catégories principales, « Widow’s Bay » arrive donc avec une reconnaissance qui dépasse un seul nom au générique.
La première soirée avait mis en avant un objet télévisuel d’une tout autre nature : le spectacle de mi-temps du Super Bowl LX avec Bad Bunny. La production a gagné sept Emmy et a remporté toutes les catégories dans lesquelles elle était nommée ce soir-là. La réalisation, la chorégraphie, la direction musicale, le mixage, l’éclairage et la captation ont été récompensés en même temps que le trophée du meilleur programme de variétés en direct.
Le résultat rappelle qu’un événement de quelques minutes, regardé à une échelle massive, mobilise lui aussi une architecture sophistiquée de télévision en direct. Le spectacle n’est pas seulement une performance musicale : il est pensé pour les caméras, réglé à la seconde et construit pour un public présent dans un stade autant que pour celui qui regarde un écran.
« The Traitors » a remporté six prix, dont un nouveau trophée de présentation pour Alan Cumming. « The Late Show with Stephen Colbert » en a obtenu cinq pour sa dernière saison. « The Muppet Show » en a gagné quatre et « Love on the Spectrum » trois.
La deuxième soirée a davantage rapproché les artisans des interprètes. David Harbour et Linda Cardellini ont gagné pour « DTF St. Louis ». Ernest Harden Jr. a été récompensé pour « The Pitt », Shailene Woodley pour « Paradise » et Rob Reiner, à titre posthume, pour « The Bear ». « Spider-Noir » a remporté cinq prix, tandis que « The Pitt » et « Pluribus » en ont chacun gagné quatre.
Mariska Hargitay a, elle aussi, franchi la frontière entre plusieurs métiers. Elle a obtenu deux Emmy pour « My Mom Jayne », dont celui de la réalisation d’un documentaire, avant de revenir le 14 septembre comme animatrice de la grande cérémonie.
L’émission montée à partir des soirées des 5 et 6 septembre sera diffusée sur FXX le 12 septembre, puis disponible sur Hulu le lendemain. La cérémonie principale suivra deux jours plus tard.
Ce calendrier crée deux manières de regarder les Emmy. La première s’intéresse aux grandes catégories et aux stars. La seconde observe la matière même de la télévision. Avant que les acteurs principaux et les séries de l’année ne monopolisent les titres, les Emmy ont donc consacré ceux qui fabriquent la texture des images que nous regardons — parfois sans connaître leurs noms, mais rarement sans percevoir leur travail.