Ségolène Royal ne se présente plus seulement comme une ancienne candidate à l’Élysée qui envisage un retour. Depuis dimanche 6 septembre, elle affirme avoir les parrainages nécessaires pour participer à la primaire socialiste et démocratique de l’automne. À 72 ans, près de vingt ans après la présidentielle de 2007, elle retrouve ainsi une compétition interne où son nom, son expérience et sa manière très personnelle de faire campagne peuvent peser autrement qu’un simple souvenir politique.
Sur LCI, Royal a expliqué que les soutiens recueillis venaient de sensibilités différentes du Parti socialiste. Le détail des rapports de force comptera lorsque toutes les candidatures seront définitivement déposées, mais l’annonce lui permet déjà de franchir l’obstacle qui pouvait fragiliser son retour : prouver qu’elle dispose encore de relais suffisants pour entrer dans le scrutin.
La primaire doit se dérouler en ligne les 9 et 10 octobre, puis les 16 et 17 octobre en cas de second tour. Au 6 septembre, sept candidats étaient publiquement engagés : Royal, Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Philippe Brun, Jérôme Guedj, Fabien Verdier et Emmanuel Maurel. Dans cette liste, Ségolène Royal est la seule femme. La donnée n’épuise évidemment pas le débat politique, mais elle donne un relief particulier à une candidature portée par une personnalité qui avait déjà fait tomber un plafond symbolique en atteignant le second tour de l’élection présidentielle en 2007.
Cette fois, elle veut installer une campagne moins centrée sur son parcours que sur ceux qu’elle estime mal représentés. Elle s’est décrite comme une « porte-parole des sans-voix ». Parmi les thèmes cités dimanche, la protection de l’enfance occupe une place nette : elle réclame une « tolérance zéro » face aux violences contre les enfants. Son autre formule, « remettre de l’ordre et de la dignité dans la maison France », mêle un registre d’autorité et une promesse de réparation sociale.
Ce positionnement peut lui permettre de parler à des électeurs que les batailles d’appareil intéressent peu. Il comporte aussi un défi : transformer des formules immédiatement identifiables en propositions précises avant le vote. La primaire est courte, très exposée médiatiquement et déjà structurée par des candidatures disposant d’appareils militants ou de dynamiques récentes plus fortes.
Royal a également ouvert un débat sur l’accessibilité du scrutin. Le Parti socialiste prévoit que les sympathisants puissent s’inscrire pour voter, moyennant une participation de 15 euros, ou 10 euros au tarif social. Elle juge cette somme trop élevée et dit qu’elle aurait préféré un montant de 2 à 4 euros. La question peut sembler technique, mais elle touche directement au profil du corps électoral : plus l’entrée est coûteuse, plus il est difficile de transformer une primaire partisane en rendez-vous populaire.
La candidate cherche enfin à rendre la confrontation publique. Elle a appelé ses rivaux à participer à un débat proposé pour le 16 septembre sur TF1 et a assuré qu’elle s’y rendrait même si d’autres déclinaient. Fin août, elle avait déjà qualifié Raphaël Glucksmann de « chouchou des médias ». Derrière la pique, il y a une stratégie claire : multiplier les moments où la notoriété, la répartie et l’expérience de la campagne peuvent rééquilibrer une compétition dont elle n’est pas donnée favorite.
Pour Ségolène Royal, la primaire d’octobre est donc à la fois un retour et une épreuve de renouvellement. Elle arrive avec un capital politique ancien, mais dans un électorat et une gauche profondément transformés. Les prochaines semaines diront si son discours sur les « sans-voix », la protection des enfants et l’accès au scrutin peut produire autre chose qu’un effet de surprise. Son prochain rendez-vous décisif sera la campagne publique elle-même, avant le vote des 9 et 10 octobre.