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Renée Levi illumine la façade brutaliste de la Hayward Gallery

L'artiste suisse Renée Levi dévoile « September », une peinture fluorescente monumentale installée sur la façade en béton de la Hayward Gallery à Londres, première commande picturale d'Audemars Piguet Contemporary.

renée levi brings fluorescent painting to hayward gallery’s brutalist facade
Renée Levi illumine la façade brutaliste de la Hayward Gallery
Ethan Doyle White , edited by MenkinAlRire · CC BY-SA 4.0 · rights

La Hayward Gallery, l'un des édifices brutalistes les plus reconnaissables de Londres, arbore depuis le 23 septembre une peau nouvelle. L'artiste suisse Renée Levi y a déployé « September », une peinture monumentale en deux panneaux qui encadre la fenêtre saillante du bâtiment, surnommée son « œil ». L'œuvre, visible jusqu'au 15 novembre 2026, introduit des verts, roses, bleus et oranges fluorescents sur le béton brut de la South Bank.

Il s'agit de la première installation publique d'envergure de Renée Levi au Royaume-Uni. La commande est coproduite par la Hayward Gallery et Audemars Piguet Contemporary, le programme artistique de la maison horlogère suisse. Pour ce dernier, lancé en 2012 et déjà associé à des artistes comme Cao Fei, Adrián Villar Rojas, Ryoji Ikeda ou Tomás Saraceno, « September » constitue une première : jamais encore le programme n'avait commandé une peinture.

L'approche de Levi ne consiste pas à poser un tableau devant un mur. L'artiste travaille directement avec l'architecture, intégrant la fenêtre rectangulaire de la Hayward Gallery à la composition. Ses gestes se déploient au-dessus et au-dessous de l'ouverture, tout en restant liés à la portée physique du corps du peintre. Le bâtiment classé Grade II, avec son béton apparent et sa géométrie affirmée, devient moins un décor qu'un matériau parmi d'autres.

Pour cette intervention, Renée Levi expérimente pour la première fois un support inattendu : un maillage industriel, habituellement réservé à la signalétique publicitaire et aux grandes enseignes. Ce filet laisse passer l'air tout en accueillant des marques fluorescentes surdimensionnées. Le détournement est d'autant plus savoureux que ce type de surface sert ordinairement à vendre des produits plutôt qu'à devenir l'œuvre elle-même.

Contrairement à une toile accrochée dans une salle, « September » refuse la vue frontale unique. L'aspect de l'installation change selon la distance, l'angle, la lumière du jour et les ombres. Elle se fond dans la circulation constante des passants du South Bank. L'artiste relie cette instabilité au titre lui-même : septembre comme mois de lumière changeante, de météores et de rythmes métropolitains. Pendant huit semaines, navetteurs, touristes et spectateurs fortuits deviennent son public répété, qu'ils aient ou non prévu de voir de l'art contemporain ce jour-là.

Cette commande s'inscrit dans un parcours déjà jalonné d'expériences à l'échelle architecturale. Renée Levi a investi le Palais de Tokyo, le Kunstmuseum Basel et la Biennale de Lyon. Avec « September », elle ajoute une étape londonienne à une pratique qui envisage la peinture comme une action façonnée par le corps, la matière et le site, plutôt que par une image prédéterminée.

Le projet a mobilisé plusieurs commissaires : Audrey Teichmann pour Audemars Piguet Contemporary et Yung Ma pour la Hayward Gallery. Leur collaboration a permis de faire dialoguer une institution publique britannique et un mécénat privé suisse autour d'une même exigence : offrir à une artiste l'espace d'explorer de nouveaux territoires dans sa pratique.

À l'issue des huit semaines d'exposition, les couleurs disparaîtront et le brutalisme retrouvera son gris. Mais le temps d'un automne, la façade de la Hayward Gallery aura servi de toile à ciel ouvert, rappelant que la peinture peut encore déborder du cadre pour investir la ville.

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