Le groupe britannique Everything Everything dévoile « Poison Pop », son huitième album, qui paraîtra le 12 mars. Un disque qui s’attaque frontalement aux excès de la vie numérique et qui renoue avec les racines punk et nerveuses du groupe, selon les propos recueillis auprès de son chanteur Jonathan Higgs.
Le nouvel opus succède à « Mountainhead », sorti en 2024. Là où ce dernier procédait par métaphores, « Poison Pop » se veut plus frontal. Jonathan Higgs explique que le titre désigne une sorte de boisson qui tue, mais que l’on continue pourtant de désirer : une image qui résume le rapport ambivalent que nous entretenons avec les réseaux sociaux et leur système de récompense immédiate. Le disque aborde ainsi la dopamine qu’offrent les plateformes, la stratégie du « rage-bait » qui consiste à provoquer l’indignation pour capter l’attention, les guerres culturelles, ainsi que la prolifération de contenus générés par l’intelligence artificielle, que le musicien désigne par le terme de « slop ».
Pour élaborer ce disque, le groupe a commencé par écarter beaucoup de matière. Quatre-vingts à quatre-vingt-dix chansons ont été mises de côté avant que les vingt titres retenus ne soient choisis, en partie, par les membres du groupe eux-mêmes. Ce processus de sélection collégial a conduit à un ensemble plus resserré et plus incisif. Le groupe écrit désormais en pensant à la scène : la dimension du concert guide la composition, dans l’objectif affiché de créer du lien entre les musiciens et leur public.
Interrogé sur l’intelligence artificielle, Jonathan Higgs la considère comme un outil utile, mais pas comme un substitut à la création artistique. Il estime que, face à la production massive de contenus automatisés, l’art fait par des humains pourrait gagner en valeur. Le chanteur indique par ailleurs éviter d’écouter ses contemporains pendant l’écriture, afin de préserver sa propre démarche.
Le disque prolonge aussi une réflexion amorcée lors de la tournée anniversaire des dix ans de « Get To Heaven ». Selon Jonathan Higgs, ce précédent album avait été écrit à une période politiquement tendue, à proximité du vote sur le Brexit et de l’élection de Donald Trump. Le groupe n’a en revanche pas prévu, pour l’instant, de célébrer les dix ans de « A Fever Dream ». Avec « Poison Pop », Everything Everything affirme vouloir avant tout retrouver l’énergie brute de ses débuts et faire de la musique un espace de rencontre, à travers les disques comme à travers les concerts.