Un carnet aux lignes qui semblent disparaître à mesure que la page se remplit : c'est l'objet que propose Information Architects, l'entreprise japonaise à l'origine de l'application d'écriture iA Writer. Baptisé iA Vanishing Line Notebook, il est présenté comme un carnet haut de gamme fabriqué à la main au Japon, vendu 80 dollars et disponible en quantités très limitées.
Le principe ne repose sur aucune encre magique. Sur une page vierge, les lignes en filigrane sont bien visibles et servent de repères pour écrire droit et conserver un interligne régulier. Une fois le texte couché sur le papier, le contraste entre l'encre du stylo et la finesse des lignes fait visuellement reculer ces dernières à l'arrière-plan. Le résultat devient plus net au fur et à mesure que la page se remplit : à la relecture, c'est l'écriture qui occupe le devant de la scène, et non une grille de lignes concurrentes.
Tout l'enjeu de fabrication tient dans cet équilibre délicat. Les lignes doivent être assez discrètes pour s'effacer derrière le texte, mais suffisamment lisibles pour guider la main lorsque la page est encore vide. Information Architects revendique y être parvenu sans artifice, en jouant uniquement sur la densité du filigrane.
Le reste de la conception témoigne du même souci du détail. Le carnet adopte un format A5 avec une couverture rigide, compte 144 feuillets, soit 288 pages, et ses lignes sont espacées de 10 millimètres. Le papier Araveal White de 81 g/m² est conçu pour fonctionner avec la plupart des stylos et des encres, y compris les stylos-plume. La reliure permet d'ouvrir le carnet à plat, ce qui évite de maintenir une page d'une main pendant que l'on écrit de l'autre. L'ensemble est présenté dans une boîte en bois, un écrin qui invite davantage à poser l'objet sur un bureau qu'à le glisser au fond d'un sac.
Ce positionnement en fait un achat réfléchi plutôt qu'un carnet de tous les jours que l'on userait sans y penser. La comparaison avec le Moleskine Classic, référence familière des carnets de poche, éclaire le choix : le Moleskine propose des pages blanches ou réglées, avec signet, fermeture élastique et pochette intérieure, et offre soit un guidage constant, soit une liberté totale. Le carnet d'Information Architects se situe entre les deux, avec des repères présents au moment de l'écriture et discrets à la relecture.
L'objet s'inscrit dans une tradition japonaise de papeterie réputée pour la précision de ses finitions, où le papier, la reliure et le geste d'écriture forment un tout. Il ne prétend pas transformer une page de journal en chef-d'œuvre, et ce n'est sans doute pas son ambition. Mais pour celles et ceux qui souhaitent écrire librement tout en se relisant sans difficulté, il propose un compromis : donner un cap au stylo sans que la page achevée ressemble à un devoir scolaire.