Le studio américain Pneuhaus a imaginé une caméra dans laquelle on entre, plutôt qu'un appareil que l'on porte à l'œil. Baptisée Compound Camera No.3, l'installation est un pavillon gonflable de plus de 700 pieds carrés qui rassemble 221 chambres noires. Chacune projette sur la paroi intérieure translucide une vue de l'environnement extérieur. Présentée du 18 au 20 septembre 2026 au festival MODE de Minneapolis, l'œuvre propose une expérience photographique sans écran, où l'image se forme directement sur la surface que le visiteur peut toucher.
L'extérieur du pavillon évoque un emballage protecteur surdimensionné : une enveloppe blanche et gonflée, constellée de dépressions circulaires. Une entrée basse prolonge le volume principal, plus haut, donnant à l'ensemble une silhouette légèrement organique. Chaque petit objectif logé dans sa cavité trahit la fonction de la surface. Selon les détails du projet publiés par le studio, chaque cellule contient une lentille de verre biconvexe. La structure associe ces lentilles à une toile de nylon enduite d'uréthane et à l'air, tandis qu'une couche interne de déflecteurs sépare et aligne les membranes intérieure et extérieure. La lumière qui traverse les lentilles forme des images sur la paroi interne. En répétant ce dispositif sur toute la surface, le pavillon produit une collection de vues voisines, chacune avec son cadre et sa perspective propres.
Pneuhaus dit s'être inspiré de l'œil composé de la libellule, en disposant les lentilles le long de courbes complexes pour capter plusieurs points de vue simultanément. Le rapprochement fonctionne surtout comme une invitation à imaginer une autre manière de voir, plutôt que comme une simulation littérale de la vision des insectes. Répartir les vues autour d'une salle oblige le regard à choisir où se poser. L'interaction tactile donne à cette attention vagabonde une tâche concrète : en appuyant sur la membrane souple, le visiteur ajuste la mise au point selon les distances. La souplesse est essentielle au mécanisme, car une surface rigide supprimerait ce contrôle. La chose que l'on touche est aussi l'endroit où l'on voit le résultat, sans explication superflue.
Dans les photographies de Lachlan Turczan, des taches de ciel bleu et de nuages se répètent au plafond, tandis que des arbres et des bâtiments apparaissent dans d'autres cellules. Certaines scènes sont à l'envers. Les bords restent visibles, si bien que l'intérieur se lit comme une pièce remplie d'images individuelles. Ces coutures méritent d'être conservées : elles permettent de remarquer comment un même environnement change d'un compartiment optique à l'autre. Il ne s'agit pas pour autant d'un argument contre l'art numérique. Un écran peut faire bien des choses que ce pavillon ne peut pas, et une chambre photographique gonflable ne remplace pas le téléphone que l'on a dans la poche. Sa valeur est plus spécifique : elle donne à la fabrication d'images une échelle physique, rendant la relation entre une lentille, une surface et une scène explorable avec le corps et les mains.
Pneuhaus propose l'installation à la location, ce qui la destine aux festivals, aux expositions et aux expériences publiques temporaires. C'est un cadre logique pour un projet dont l'attrait dépend de l'entrée et de l'exploration. Une salle partagée laisse aussi à chacun la possibilité de remarquer des choses différentes : le voisin étudiera peut-être un bâtiment pendant que l'on s'efforce de rendre plus nets des feuillages. Le sujet ordinaire fait partie du charme. Un arbre, un nuage ou un passant peuvent suffire à nourrir l'intérêt visuel dès lors que l'appareil de vision rend curieux. Devant une telle installation, on passerait sans doute plus de temps à régler une seule cellule qu'à vouloir embrasser les 221. Il y a dans cette possibilité une modestie satisfaisante : une caméra immense dont le contrôle le plus captivant pourrait être une légère poussée contre une paroi.