La réponse est arrivée trois jours après les propos qui l’avaient provoquée. Samedi 5 septembre, Flavie Flament a profité de son passage dans « C à Vous » pour revenir sur le soutien public apporté par Mimie Mathy à Patrick Bruel. Elle s’est dite « estomaquée » et a décrit l’annulation de la tournée du chanteur comme « un soulagement ».
Flavie Flament fait elle-même partie des femmes ayant déposé plainte contre Patrick Bruel. Elle l’accuse de viol. Le chanteur conteste les faits qui lui sont reprochés et reste présumé innocent. À ce stade, il est mis en examen dans quatre dossiers pour des faits qualifiés de viol, tentative de viol, agression sexuelle et harcèlement sexuel ; dans quatre autres affaires, il a été placé sous le statut de témoin assisté.
La polémique a pris forme le 2 septembre sur RTL. Mimie Mathy, interrogée au lendemain de l’annonce de l’annulation de la tournée, s’était dite triste de voir Patrick Bruel renoncer à ses concerts. Elle avait surtout déclaré qu’il avait été « plus harcelé que harceleur ». La comédienne insistait sur un point : la justice ne s’est pas encore prononcée au fond, et elle estimait que le public devait pouvoir décider lui-même d’assister ou non à un spectacle.
Pour Flavie Flament, cette façon de présenter les choses laisse trop peu de place aux femmes qui disent avoir subi des violences. Sur France 5, elle a reproché à certaines femmes de la génération de Mimie Mathy de ne pas adresser un mot aux victimes présumées et a évoqué le « poids du monde d’hier ». Son propos ne portait donc pas seulement sur Patrick Bruel, mais aussi sur la solidarité entre femmes et sur l’évolution de la manière dont les accusations de violences sexuelles sont accueillies dans l’espace public.
La veille encore, le débat avait pris d’autres formes. Louane, invitée de RTL le 4 septembre, avait expliqué qu’elle aurait été gênée de voir Patrick Bruel sur scène et avait commencé sa réponse en affirmant son soutien aux victimes. Elle avait néanmoins ajouté qu’il fallait prendre du recul tant que la justice n’avait pas statué. La ministre de la Culture Catherine Pégard avait, le même jour, jugé raisonnable l’annulation de la tournée tout en rappelant elle aussi le cadre judiciaire.
Ces réactions ont suivi une décision très concrète. Le 1er septembre, Patrick Bruel a annulé 35 concerts prévus entre le 2 octobre et le 21 novembre pour célébrer les 35 ans de l’album « Alors regarde ». Dans son message, il expliquait vouloir faire « le choix de l’apaisement ». Il précisait également que la justice ne l’obligeait pas à renoncer à ses dates et qu’il continuerait à se défendre.
L’avocate Corinne Herrmann, qui représente plusieurs plaignantes dont Flavie Flament, a répondu dès le 2 septembre aux propos de Mimie Mathy. Elle a estimé qu’ils risquaient de choquer les femmes concernées. Elle a aussi souligné qu’annuler une tournée ne revient pas à déclarer quelqu’un coupable : les deux questions, celle de la programmation publique et celle de la responsabilité pénale, ne se confondent pas.
À l’inverse, Dominique Besnehard a soutenu Patrick Bruel et s’est rapproché de la position de Mimie Mathy, demandant que la présomption d’innocence reste au centre. Les prises de parole dessinent ainsi un paysage moins simple qu’un affrontement entre deux camps : certains insistent d’abord sur les droits de la défense, d’autres sur l’écoute des plaignantes, et plusieurs tentent de tenir les deux exigences ensemble.
La prochaine étape judiciaire connue est attendue le 16 septembre, lorsqu’une décision doit être rendue sur l’appel du parquet concernant l’allègement du contrôle judiciaire de Patrick Bruel. D’ici là, la tournée est annulée et les mots continuent de circuler. Ceux de Mimie Mathy et de Flavie Flament ont placé au premier plan une question qui touche bien au-delà du spectacle : comment soutenir une personne, une amie ou un collègue sans rendre invisibles celles qui disent avoir été victimes.