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Le connectome du cerveau de la mouche détourné pour trader en bourse et jouer aux jeux vidéo

Des chercheurs ont achevé la cartographie du système nerveux central de la drosophile, ouvrant la voie à des expériences inattendues : trading de cryptomonnaies, parties de DOOM et de Beat Saber pilotées par un cerveau de mouche.

La cartographie complète du système nerveux central de la drosophile, ou mouche du vinaigre, vient d'être achevée. Ce connectome, qui recense environ 160 000 neurones et leurs connexions, ne se contente pas d'éclairer le fonctionnement du minuscule cerveau de l'insecte. Il a déjà été détourné de sa vocation initiale pour des expériences pour le moins inattendues, du trading de cryptomonnaies à la pratique de jeux vidéo.

La recherche a d'abord permis une analyse comparative entre les cerveaux mâle et femelle de Drosophila melanogaster. Les différences sexuellement dimorphiques identifiées induisent des comportements d'accouplement spécifiques, garantissant que seuls des individus génétiquement compatibles s'unissent. Pour le reste, le connectome demeure pratiquement identique entre les deux sexes. Mais une fois ce graphe neuronal en main, la question s'est posée : que faire d'autre avec 160 000 neurones sinon recréer une mouche ?

Un développeur connu sous le pseudonyme de Nftechie a ainsi conçu Stonkfly, un projet qui exploite les circuits de récompense du connectome pour effectuer des transactions boursières, notamment sur des cryptomonnaies. L'objectif affiché est de réaliser des trades potentiellement rentables. L'intéressé reconnaît toutefois ne pas encore avoir vérifié l'efficacité réelle de la mouche en matière de trading, se contentant pour l'instant de constater qu'elle « fait des stonks », selon ses propres termes.

D'autres expérimentations ont été recensées, notamment par le site PC Gamer. Le connectome a été utilisé pour tenter de piloter des parties de DOOM et de Beat Saber. Le principe est le suivant : chaque image de jeu stimule des neurones sensoriels, les sorties générées sont ensuite mappées sur les commandes du jeu, et les circuits de récompense produisant de la dopamine sont câblés pour permettre un apprentissage par renforcement. Autrement dit, la mouche apprend à jouer en étant récompensée pour ses bonnes actions virtuelles.

Ces détournements ludiques ne sont pas de simples curiosités. Ils illustrent la manière dont un connectome, même minuscule, peut servir de banc d'essai pour des architectures d'intelligence artificielle. Le cerveau de la drosophile ne représente qu'une fraction infime de celui de l'homme, mais il suffit à produire des comportements complexes. Comprendre comment 160 000 neurones permettent à ces insectes de prospérer pourrait offrir un aperçu des pistes que suivra la recherche en intelligence artificielle.

La démarche s'inscrit dans un mouvement plus large de reverse engineering du vivant. Plutôt que de concevoir des réseaux de neurones artificiels à partir de principes abstraits, certains chercheurs et développeurs partent de cartographies biologiques réelles pour en tester les capacités. Le connectome de la drosophile, parce qu'il est complet et relativement compact, constitue un terrain d'expérimentation idéal. Les résultats obtenus avec Stonkfly ou DOOM restent préliminaires, mais ils posent une question de fond : qu'est-ce qui, dans un réseau de neurones, produit réellement l'intelligence ?

Pour l'instant, aucune publication scientifique n'a validé l'efficacité de ces applications. Le trading de cryptomonnaies par une mouche virtuelle relève davantage de la démonstration technique que de la stratégie financière. De même, les performances de la drosophile sur DOOM ou Beat Saber n'ont pas fait l'objet d'une évaluation rigoureuse. Ces projets témoignent surtout de l'engouement pour les connectomes ouverts et de la porosité croissante entre neurosciences, intelligence artificielle et culture hacker.

À terme, ces travaux pourraient nourrir des recherches plus sérieuses sur les architectures cognitives bio-inspirées. Mais ils rappellent aussi que la frontière entre science fondamentale et détournement ludique est souvent ténue. Le cerveau d'une mouche, longtemps considéré comme un objet d'étude parmi d'autres, devient ainsi un outil polyvalent entre les mains de développeurs curieux.

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