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Rassvet: les chiffres derrière le « Starlink russe »

Environ 37 satellites seraient actuellement liés au programme. Pour atteindre 156 appareils fin 2026, la Russie devrait lancer environ huit nouvelles grappes de 16 satellites.

Le projet russe Rassvet est souvent résumé par une formule simple: un « Starlink russe ». Les chiffres montrent une réalité plus nuancée.

Selon l’analyse originale de Science Official, environ 37 satellites liés au programme pourraient actuellement être en orbite si les six premiers prototypes sont toujours actifs. La Russie a lancé une première grappe de 16 satellites de série en mars 2026, puis une deuxième en juillet. Un appareil de la première grappe a été perdu après avoir échoué à relever son orbite.

Le système vise une orbite d’environ 800 kilomètres. À cette altitude, un satellite effectue un tour de la Terre en près de 100,7 minutes. Il ne reste donc jamais stationnaire au-dessus de l’Ukraine. La continuité dépend d’un relais permanent entre plusieurs satellites répartis sur différentes orbites.

C’est là que le nombre de plans orbitaux devient essentiel. Une simulation simplifiée avec douze plans et 21 satellites par plan, soit 252 appareils, permet de conserver au moins un satellite visible au-dessus de Kyiv avec un angle minimal de 25 degrés. Le plus souvent, deux ou trois seraient visibles simultanément.

Cette géométrie ne dit rien de la capacité réelle du réseau. Les données publiques ne permettent pas de connaître précisément le débit total par satellite, le nombre d’utilisateurs simultanés, la résistance au brouillage ou les performances des terminaux militaires.

Elle permet cependant de répondre à une question centrale: la Russie n’a pas besoin de copier les plus de 10 000 satellites actifs de Starlink pour obtenir un effet militaire régional. Quelques centaines de satellites bien répartis peuvent suffire à fournir une visibilité quasi permanente au-dessus des latitudes ukrainiennes.

Le calendrier est en revanche beaucoup plus fragile. Les objectifs publics russes parlent de 156 satellites en 2026 et de 292 en 2027. À partir d’une estimation actuelle de 37 appareils, atteindre 156 avant le 31 décembre demanderait encore environ huit lancements de 16 satellites en 142 jours. Cela représente une mission tous les 18 jours en moyenne.

Le récit d’un programme « en avance » est également difficile à concilier avec les données ouvertes. Le premier lancement de masse, attendu auparavant fin 2025, n’a eu lieu qu’en mars 2026. Le second a suivi en juillet.

Le point à surveiller n’est donc pas seulement le nombre de satellites déjà en orbite. Il faut regarder la cadence industrielle: combien d’appareils Bureau 1440 peut produire chaque mois, combien de lancements Soyuz peuvent être consacrés au réseau et à quelle vitesse les terminaux sont déployés sur le terrain.

Si cette cadence devient régulière, Rassvet pourra acquérir une valeur militaire importante bien avant de rivaliser commercialement avec Starlink. C’est la différence entre une comparaison de marques et une analyse de capacité réelle.

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