La randonnée en solitaire connaît un regain d'intérêt chez les femmes au Royaume-Uni et en Europe, portée par un besoin de silence, de liberté et de reconnexion avec la nature. Mais pour beaucoup, l'envie de partir seule se heurte à des inquiétudes bien réelles : se blesser sans secours, se perdre, ou faire face à une mauvaise rencontre. Un récit publié dans la presse britannique témoigne de cette ambivalence : après un été passé à s'occuper de quatre adolescents, une randonneuse se souvient de sa première sortie en solo, un septembre ensoleillé, il y a sept ans. Épuisée mais désireuse de marcher à son propre rythme, elle avait choisi la solitude malgré la peur.
Cette tension entre élan personnel et prudence est au cœur d'une tendance de fond. L'automne, avec ses lumières basses et ses sentiers moins fréquentés, devient une saison privilégiée pour ces escapades. Les régions montagneuses d'Écosse, les landes du Yorkshire, les forêts de Bavière ou les chemins de Compostelle attirent ainsi des marcheuses en quête d'itinéraires balisés et accessibles. L'enjeu n'est pas seulement sportif : il touche à l'art de vivre, à la reconquête d'un espace mental et à une forme de slow tourisme qui privilégie l'expérience sensible sur la performance.
Pour que l'aventure reste un plaisir, plusieurs principes de sécurité sont recommandés. Prévenir un proche de son itinéraire et de son heure de retour prévue, emporter une carte papier en plus du téléphone, vérifier la météo avant de partir et choisir des sentiers fréquentés sont des réflexes simples. L'équipement joue aussi un rôle : chaussures adaptées, couches chaudes, lampe frontale et sifflet peuvent faire la différence. Enfin, connaître les signes de malaise chez les bovins ou les chiens de troupeau, et savoir adopter une attitude calme, réduit les risques liés aux rencontres animales.
Au-delà de la sécurité, la question de la légitimité reste centrale. Longtemps associée aux hommes ou aux groupes, la marche solo féminine s'affranchit peu à peu des représentations. Des communautés en ligne, des ouvrages spécialisés et des blogs de voyage proposent désormais des itinéraires testés et des retours d'expérience. L'objectif affiché est clair : rendre la randonnée en solitaire « amusante, pas intimidante », selon la formule employée par les promotrices de cette pratique. Il s'agit moins de nier les risques que de les apprivoiser par la préparation et le partage d'informations.
Les quatre itinéraires sélectionnés par les médias britanniques pour l'automne illustrent cette diversité : des boucles côtières aux sentiers de moyenne montagne, en passant par des parcours patrimoniaux. Tous ont en commun d'être balisés, desservis par des transports publics et jalonnés de refuges ou de villages où l'on peut trouver de l'aide. Cette accessibilité est un critère déterminant pour les marcheuses débutantes ou celles qui reprennent après une pause.
Le phénomène s'inscrit dans un mouvement plus large de redéfinition des usages de la nature. Les offices de tourisme européens adaptent leurs offres, proposant des cartes interactives, des hébergements pour femmes seules et des départs groupés le matin. Les assurances de randonnée couvrant la marche en solo se multiplient également. Pour les spécialistes, cette évolution traduit une demande de liberté encadrée, où l'autonomie ne signifie pas l'isolement.
Reste que l'essentiel, pour celles qui hésitent, tient peut-être à une phrase simple : la peur n'empêche pas de partir, elle invite à mieux se préparer. À l'heure où les agendas se remplissent et où les écrans captent l'attention, le sentier d'automne offre une parenthèse rare. Marcher seule, c'est aussi réapprendre à écouter le silence, à mesurer ses forces et à habiter le paysage à son propre rythme.